Béatrice Ducrest
Écrit par Isabelle Nivet |
 

Peindre l’été


Vous êtes à la terrasse d’un café. À la plage. Sur un banc, dans la ville. Telle une vigie invisible vous laissez aller votre regard d’une scène à une autre, vous arrêtant sur ce couple, là, en train de s’embrasser, sur cette femme qui réinstalle sa natte de plage, sur cet homme qui lit. Tous indifférents à votre regard, qu’ils ne sentent pas mais qui les enregistre. Un théâtre qui vous fascine.
Autant de micro-histoires pas plus longues que ressentir l’instant dans un bras posé sur un accoudoir, une tête penchée, une épaule qui se tend. Ces postures sans pose, ces attitudes spontanées, naturelles, sans préméditation, Béatrice Ducrest les voit, souvent depuis sa fenêtre, qu’elle a la chance d’avoir face à la mer, à Larmor-Plage, et les peint « sur le motif », c’est-à-dire sur place, en live. Pas de photo, pas de dessin préparatoire, directement sur la toile, l’autre sera là, fixé pour toujours. Béatrice s’est précipitée sur son chevalet. Ici, sur la plage de Toulhars, là, à la Villa Margaret, délicieux établissement sis dans une villa d’été, au port de Kernével, où elle peint souvent, mais encore sur des places, depuis une terrasse, plutôt en bord de mer mais pas seulement. Si elle manque une posture, ce n’est pas grave : « Sur la plage, chaque personne a en moyenne six attitudes différentes, alors il suffit d’attendre pour qu’elles reviennent ! » Pourquoi lui, pourquoi elle ? « Certaines personnes attirent l’attention rien que par leur présence, mais parfois, c’est juste un rapport de couleur, une scène. Au début, c’est toujours une émotion visuelle ». Cette émotion, elle la partage avec nous, nous transportant dans ce temps suspendu, fait d’abandon, de nonchalance, d’été, de bras nus, de jambes découvertes, de corps détendus. « J’interprète ce que je vois. Je retrace une histoire à ma manière. L’énergie des gens me nourrit. J’aime les lieux de rencontre et de vie ». Le dessin posé « je recrée une scène et une émotion, c’est ma phase observation/restitution », souvent cerné d’un trait épais, noir ou bleu, à la Matisse, il va attendre la nuit que Béatrice revienne au matin lui donner couleur, matière et lumière. Souvent très simple, le dessin de Béatrice Ducrest se laisse parfois aller à la surenchère, et rencontre autre chose : une saturation des couleurs, une violence des émotions, des contrastes forts, qui rendent l’image moins lisse, et viennent nous chercher de manière moins paisible, mais tout autant séduisante, à la manière des visages de Van Dongen. Son été perpétuel, à la Nino Ferrer, où le temps dure longtemps, Béatrice Ducrest nous en fait cadeau, et c’est joli.

 


> Jusqu’au 1er septembre :
Médiathèque de Larmor-Plage.
> Du 7 au 18 août : Fort du Gripp,
île de Groix, avec Gildas Kervingant.

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