Les Chiens de Navarre. Théâtre no limit
Écrit par Isabelle Nivet |
 
Lebruman

En 2010, on entendait parler pour la première fois des Chiens de Navarre. « Une raclette »… Une raclette ? Leur premier spectacle. On avait un pote qui les avait vus, il disait que c’était génial. On ne savait pas. On ne savait pas qu’on allait être balayés par eux. Comme un ouragan, la tempête a balayé le passé, allumé nos vies, c’est un incendie qu’on ne peut plus arrêter. Les chiens sont nos idoles, nos préférés, nos souvenirs, nos références. Un collectif qui nous fait tilter à chacun de ses spectacles, qui parlent de nous avec une dérision et un humour totalement no limit.

Janvier 2014. Lorient. Le public du CDDB découvre Les Chiens dans « Quand je pense qu’on va vieillir ensemble ». Sur scène, culottes nylon ramollos, marcels tachés et perruques à deux balles, des comédiens jouent à la pétanque, pendant que les spectateurs s’installent dans leurs fauteuils, pensant pouvoir attendre le début du spectacle comme à l’habitude, en feuilletant distraitement le programme de salle, en vérifiant les derniers mails arrivés. No way. Les Chiens ne veulent pas de ça. Les chiens ne veulent pas de tiédeur. Pas de repos dans la salle. Ça se met à gueuler. A s’engueuler. A invectiver le public. Se lancer les boules de pétanque à la gueule. Poches de sang artificiel qui explosent. Les Chiens de Navarre sont des chiens enragés.

« Que voulez-vous, les gens sont comme ça ».

Avec « Les Armoires normandes », il faudra encore avoir checké ses mails avant. Parce que le prologue est encore plus dingue. Par pure charité
chrétienne, on se dispensera de dévoiler ce qu’il se passe sur le plateau, pour en laisser la relative surprise au lecteur. La suite, il faut bien en parler, c’est la même chose que dans les autres
spectacles des Chiens, un portrait de la société dans ce qui paraît être des clichés : scènes du quotidien, émissions de télé, groupes de paroles… Dans la salle, les spectateurs regardent sur la scène ce qu’ils sont, ce qu’ils font, parfois. En se disant qu’ils regardent leurs voisins. Qu’ils connaissent des gens qui sont comme ça. Qu’ils ont déjà vécu cette situation. Oh mon dieu, mais qu’il ont déjà fait ce genre de choses, en fait. Enfin, eux, pas nous. Non, ben non, pas nous. Pas moi. Mais eux, oui. Eux ils ont déjà vu leur beau-frère faire tourner en l’air la culotte de sa femme au mariage de leur nièce. Mais pas nous. Eux, ils ont déjà vu des couples s’insulter en fin de soirée et se balancer leur reste de champagne. Mais pas nous. Eux, ils ont déjà vu l’animateur du
mariage, celui qui gesticule avec son micro, se pencher sur la mariée et lui faire faire des trucs dégradants, dégueulasses. Nous, on déjà vu le regard de la mariée, et prié pour ça s’arrête.

« J’en ai tellement rêvé. C’est le plus beau jour de ma vie ».

Comme dans leurs précédents spectacles, Les Chiens reprennent le principe des saynètes qui s’enchainent, tournant autour d’un thème –ici l’amour et le couple- pour en traiter toutes les facettes. Comme toujours, ils ne reculent devant rien, aucun effet burlesque, aucun excès, aucun n’importe quoi, puisque, grâce à leur baguette magique, ils transforment tout en or. Les trucs les plus lourds, les plus trashs, les plus gores, font sens, trouvent leur place et leur justification. Pire encore, Les Chiens arrivent à –en un twist- nous faire basculer de la grosse marrade à la gorge serrée. Les situations de comédie
burlesque se transforment en drame quotidien, en situation tragique, en désespérance, et pif, deux secondes plus tard s’enchaîne un numéro qui arrive comme un cheveu sur la soupe et pourtant ça passe. Ça passe toujours. On ressort hilare. Et puis on va diner avec les amis qui nous accompagnaient. Eux non plus, ils ne se sont pas reconnus là dedans. Ah non. Pas eux…

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