Eric Courtet. Photos (de) souvenirs
Écrit par Isabelle Nivet |
 

Le photographe Eric Courtet expose à Lanester une série au titre inspiré par Dominique A « Y revenir ». Mettre ses pas dans ceux de son enfance, revoir les lieux, refaire les trajets… Un voyage en soi-même, une recherche entre imaginaire et réalité.


Comment photographier ses souvenirs ? Dans les limbes de notre mémoire se mêlent images réelles et fruits de notre imagination, aux dimensions parfois déformées, distordues, amplifiées, aux couleurs transformées. Revenir sur son passé est une démarche que de nombreux écrivains ont faite, de Marcel Pagnol à Marguerite Duras, d’Annie Ernaux -qu’Eric Courtet a beaucoup lue- à Dominique A, à qui il a emprunté le titre de son livre, Y revenir, pour l’appliquer à son exposition de photos. « Il y raconte son retour à Provins, ses souvenirs. Ce livre, je l’avais tout le temps avec moi, comme un road-book. C’est pour ça que j’ai écrit à Dominique A pour lui demander l’autorisation de lui emprunter ce titre ».

Pendant les neuf fois et les trois saisons de son voyage à Lanester, Courtet a « erré dans la ville, les quartiers où j’ai vécu, j’ai sonné chez des gens qui m’ont ouvert leur porte. C’était revenir et revivre des émotions. J’ai quitté Lanester vers l’âge de 16 ans, je suis parti à Paris, puis je suis revenu à Lorient. Ces photos, c’est une quête de moments vécus, ça m’a permis de revenir sur mon passé. J’avais des images mentales que j’ai réussi à reconstituer ». Pour revenir à Lanester, ville floue, il était évident d’utiliser une technique privilégiant le délavé, le grain, le bruit, le flou... Aussi Courtet a-t-il choisi le sténopé, la méthode des premières photos : un trou dans une boîte, un bout de papier photosensible et de la patience. Beaucoup de
patience, puisque le temps de pause, dans les conditions de faible lumière, est très long. Un temps qui sans nul doute donne à ces photos une intériorité, un ancrage, une force qu’elles n’auraient peut-être pas eues avec un traitement Photoshop… Son sténopé, Courtet l’a monté sur un appareil numérique « Je l’ai fabriqué en
enlevant mon objectif et en faisant un trou dans le capuchon, que j’ai mis à la place de l’objectif. J’aime bien l’idée de la rencontre entre un principe ancien et la technologie d’aujourd’hui ». Le résultat, des formats carrés où seuls les contours créent l’image, qui devient dès lors extrêmement onirique, où sans même savoir qu’il s’agit d’une plongée dans le passé, on sait immédiatement que ce que l’on regarde, c’est l’intérieur de la tête du photographe. Et un côté vintage indéniable, largement aussi efficace que les filtres Instagram pour restituer des souvenirs des années 80… Tantôt très documentaire, avec des rues, des lieux, des sites reconnaissables, le pôle extérieur, la série a son pendant « psychanalytique » avec des photos plus symboliques, où des détails, des objets métaphoriques, recréent un souvenir à la manière d’Hitchcock, le pôle intérieur. Une intériorité qui fait écho à chacun, que l’on soit né à Toulon ou à Provins… Alors que nous discutions, en face des photos, avec Eric Courtet, une dame et son mari ont fait le tour de l’exposition. Une dame aux collants couleur chair, une dame classique, retraitée, paroissienne. Une dame touchée. « Dites-donc c’est un peu toutes les émotions de votre vie que vous mettez là» elle a dit. Voilà.

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