LA MéDéE. THEATRE EN VIEUX FRANçOIS
Écrit par Isabelle Nivet |
 

La compagnie Chto monte « La Médée », d’après un texte du 16e siècle, de Jean-Bastier de la Péruse. C’est Jean Monamy qui met en scène Nathalie Gautier et Sylvette Le Nevé dans cette version très particulière du mythe de Médée, la magicienne qui permit à Jason de s’emparer de la Toison d’Or...


Imaginons un livre très ancien, écrit en 1553. Un livre imprimé en italique, où le « z » est partout, où le « s » ressemble à un Forte, transformant le texte en partition musicale, un livre dont l’impression tremblante apparaît passée, sur un papier jauni… C’est ce livre que déniche Jean Monamy, en cherchant une version de Médée dans le répertoire : « Bastier de la Péruse était un ami de Ronsard et Du Bellay, il a fait partie de la première Pléiade, La Brigade. Sa Médée n’a probablement jamais été jouée ». A bord, la langue est autre, bien loin de celle d’aujourd’hui. Monamy a été professeur de Français, il sait où trouver les informations : « Dès que nous avons commencé à lire, il nous a semblé que ça ne pouvait marcher qu’en restituant la proposition du Français baroque. Alors on a travaillé comme si c’était une langue étrangère. On a juste modernisé quelques mots, pour mieux faire entendre certaines choses». Pour les trois comédiens, pas de doute, Médée est un texte féministe, qui fait le portrait d’une femme forte « Je suis une femme qui dépasse son histoire et celle de Jason, et s’affirme, en héroïne de la cause des femmes abusées et trompées, à qui j’apprends à ne pas subir le joug des pouvoirs ». Et Médée est un texte engagé, qui fait écho au débat sur les immigrés, posant concrètement la question « Qui est barbare ? Qui est juste ? ». Pour Jean Monamy « Comme ceux que nous appelons aujourd’hui « barbares » ou « terroristes », Médée a un comportement apparemment dicté par un « extrémisme » d’essence religieuse, en contradiction avec un comportement civilisé »


Médée en trois phrases : Médée, qui a aidé Jason à conquérir la Toison, est réfugiée avec lui à Corinthe. Jason la répudie et décide d’épouser la fille du roi de Corinthe. Médée prépare alors sa vengeance.

Médée selon Nathalie : « C’est un personnage très violent, j’adore jouer ça... Elle déborde ! C’est une combattante. Une guerrière. Quelqu’un qui souffre. Les gens sont en empathie avec elle… C’est un voyage extraordinaire, plein de ruptures, et j’adore jouer les ruptures, me surprendre et surprendre le public… »

Nourrice selon Sylvette : « La femme que je joue a nourri cette Médée et la voit se barrer. La
nourrice, elle se sent une mission de protection de Médée. Elle se sent dévastée par ce qu’elle reçoit de Médée. Elle est son point d’ancrage, mais elle est aussi à son service. J’ai mis du temps à
m’imprégner du texte, je découvrais le vers et à présent, c’est une vraie jouissance d’oralité, de langage »

Jason selon Jean : « Jason est un sale type, un petit con, assez vulgaire. Un arriviste. Un pourri. Il exploite ce qu’il peut, il est opportuniste. C’est un connard, en fait !

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