Les CONFIDENTES. TRIBUTE TO OCTAVE MIRBEAU
Écrit par Isabelle Nivet |
 

Erika Vandelet, du Théâtre de l’Echange, joue et met en scène un projet hybride plein de sens, « Les confidentes », qui entrelace le texte du « Journal d’une femme de chambre », d’Octave Mirbeau, paru en 1900, aux voix de huit femmes d’aujourd’hui. Un questionnement sur le rapport au travail des femmes à travers les époques.

C’est un spectacle qu’on rêverait de voir joué dans une usine, un atelier. Dans une sardinerie ou une fabrique de soutiens-gorge, des cuisines ou le sous-sol d’un hôpital, entourés de femmes en blouses, de femmes en bleus, de femmes en godillots, de femmes qui travaillent. Parce que c’est d’elles que l’on parle ici. De comment le travail a libéré les femmes, en même temps qu’il les asservissait. Mirbeau, à travers le portrait d’une femme de chambre, questionne ces notions de toute puissance du patronat, de libertés individuelles, de position de la femme dans une société dominée par les hommes, et par les hommes riches. Célestine remet tout en cause, et pose son regard critique sur ce qui l’entoure « Elle veut se libérer des chaînes du travail, du poids de la classe sociale qui la rend servile, du poids des hommes. C’est pour ça que je voulais qu’on entende les femmes
d’aujourd’hui, qui ont d’autres choix ». Pour Erika Vandelet, il était hors de question de jouer le « Journal » comme un solo « Je veux bien me prêter à l’exercice quand il s’agit de répondre au désir d’un metteur en scène, mais quand tu montes ton propre projet, il faut que ça ait du sens pour toi. Je voulais un double défi ». Alors voilà qu’Erika se lance dans une série d’interviews, que la réalisatrice Sonia Larue va filmer comme autant de portraits serrés sur des visages et des émotions. Une quinzaine de femmes se sont confiées à elles, répondant à la question « Quels ont été les moments les plus heureux et les moins heureux dans votre travail ? ». De belles rencontres, selon la comédienne. Une serveuse, une ex-DRH, une maraîchère, une femme de ménage, une coiffeuse… Huit paroles de femmes qui s’intercalent avec la voix de Célestine, créant échos et résonances jusque dans la propre histoire d’Erika « Ma mère s’appelait Marcelle et dans sa première place de coiffeuse, à 18 ans, on lui a demandé de changer son prénom pour celui de Carole. Parce que ça faisait plus moderne. Et que ça lui irait bien, avec ses yeux bleus… ». Un télescopage avec une des premières scènes du roman : « Célestine ?… Diable !… Joli nom, je ne prétends pas le contraire… mais trop long, mon enfant, beaucoup trop long… Je vous appellerai Marie, si vous le voulez bien (… ) Et puis, toutes mes femmes de chambre, je les ai appelées Marie ».

Aux antipodes de Léa Seydoux
Sans être un manifeste féministe, la version d’Erika Vandelet rend au roman sa dimension humaniste, au second plan dans l’adaptation cinématographique de Benoit Jacquot, avec Léa Seydoux, qui compose une Célestine à la nonchalance sournoise, une mauvaise fille - la propre projection du réalisateur, selon elle « Je n’ai pas eu du tout la même lecture que ce film d’homme, que je ne trouve pas fidèle au roman. Mirbeau fait parler une femme, et c’est la première fois qu’on entend la voix d’une domestique... C’est ce qui m’a touchée et animée. Mirbeau dénonce les injustices, Célestine fait tout pour s’en sortir, elle dénonce la fausseté, les conditions de
travail, le vice et la crasse cachés derrière le taffetas et le champagne… »

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