Grande de rue
Écrit par Isabelle Nivet |
 

ducreuxImaginez Kristin Scott-Thomas avec un bonnet de laine et un grand pardessus d’homme. Voilà Claire Ducreux, qui partage avec son clone anglais des yeux et un sourire d’enfant irrésistibles. Dans la rue, ses spectacles à la scénographie épurée et son goût de la rencontre créent des moments suspendus et poétiques. Elle joue cette année pour la première fois en France son spectacle en salle, « Réfugiée poétique », créé en Espagne en 2014. Rencontre sur 06.

Vous vous considérez plutôt comme une danseuse ou une comédienne ?
Au départ il n’y avait que la danse. La rue a commencé par un duo avec Léandre, en 1999. On a été en compagnie des années, avec le spectacle « Fragile ». En 2004, Léandre a décidé de revenir au clown en improvisation, c’est ce qui m’a poussée vers le solo. La danse est devenue un langage parmi d’autres, dans cette sorte de théâtre visuel que je fais.
Qui est ce personnage, qui revient dans tous vos spectacles ?
Après les compagnies de danse, j’ai commencé à jouer avec cette espèce de vagabond, qui me suit depuis. C’est un peu moi. Il symbolise un état : fragilité, vulnérabilité, innocence conservée. Plus que quelque chose de narratif, ce qui m’intéresse c’est développer une présence, des couleurs. Ce personnage ne prend du sens qu’avec la rencontre.
A chaque fois, il y a interaction avec un spectateur, choisi au hasard ?
Oui toujours. Plusieurs mêmes. C’est ça qui importe, la relation qui se crée avec ces involontaires, à l’intérieur d’une structure écrite. Je ne sais pas comment je vais choisir. Ça se fait sur le moment, selon mon état. Personne n’est à l’abri ! Mais je fais toujours très attention : je me suis promis de ne jamais forcer. C’est quelque chose qu’on fait ensemble. Les gens viennent me voir après, et c’est souvent émouvant.
Ça ne doit pas être évident, pour eux, de savoir comment se comporter ?
J’improvise avec mon ressenti, selon si la personne est nerveuse, ou timide, ou au contraire joue trop. J’essaye d’amener la personne à se laisser être. C’est juste une question de tempo. Il faut se voir vraiment et laisser les choses se faire. Parfois il y a des rencontres magiques et parfois non. Il faut accepter ce qu’il y a, ne pas chercher à répéter. Ne pas savoir ce qui va arriver, c’est merveilleux à vivre.
C’est un peu le principe de la rue : faire avec…
Elle fait souvent des cadeaux, même s’ils sont parfois perturbants : on peut écrire la plus belle phrase chorégraphique du monde, rien ne vaut la force d’un vol d’oiseau ! C’est une chose qu’il faut savoir accueillir. La rue permet de créer des bulles. Il y a davantage de vulnérabilité et d’authenticité.
Comment retrouver ces choses là en salle ?
En travaillant des images avec de la lumière, des ventilateurs, de la fumée, on invente une autre sorte de magie… On crée la proximité autrement : la scène est un écrin qui aide à ça. La solitude y est plus grande, l’espace aussi, ça fait bouger autrement. Alors, les moments de contact avec les gens doivent être plus marqués : les lumières s’allument et là, on se voit. On est ensemble !

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