Muriel Louette
 
Isabelle Nivet

«Tu danses ?» à la Galerie du coin

Elle s’est déshabillée et s’est assise dans son canapé. Photo. S’est relevée devant la cheminée. Photo. A enjambé la table basse. Photo. A effleuré le fauteuil aux accotoirs blancs. Photo. Est passée devant l’étagère jaune. Photo. A ouvert la fenêtre. Photo.


Sur une petite table de l’atelier de Muriel, rue du Bout du monde, à Lorient, les photos se racornissent avec le soleil. Ces photos racontent l’avant des toiles. Des postures invraisemblables : jambes sous un canapé, tête en bas sur un fauteuil, debout sur la table de la cuisine. Des centaines de mises en scène et de clichés avec pour objectif : piéger le mouvement, reproduire le déplacement. De la série évoquée plus haut, Muriel a fait une concaténation des étapes du mouvement, les rassemblant en un seul corps à cinq paires de jambes et un buste. La fille porte maintenant une jupette rose, un chignon effondré à la Toulouse-Lautrec et le bout du nez rouge ; derrière elle, l’étagère jaune, le fauteuil italien et la cheminée néo-bretonne du salon de Muriel, travaillés au glacis, explosent en matité crayeuse, sonnant comme les intérieurs bourgeois de Christoff Debusschere. «J’aime mettre en scène le corps dans un environnement banal et voir, dans cet espace quotidien, ce qu’on peut faire du corps, comment utiliser les objets à l’envers, exploiter un fauteuil, un meuble. Même très ordinaire. Il suffit de voir ce que Bacon a fait avec un lavabo… L’objet fait référence à son époque, et j’aime bien l’idée de la récurrence. Par exemple, je pense que cette étagère jaune, je vais la réutiliser souvent.»

Rubens en tongs
Chez Louette, on peut toujours dissocier les sujets, contemporains, famille, amis, en jeans et tongs, et les arrière-plans, travaillés d’une manière classique, paysages romantiques, plages, jardins, ou aujourd’hui intérieurs ordinaires. À la manière de Van Eyck, Duchamp ou Hockney, Louette aimerait plier l’espace en trois, aller vers l’idée de «ces intérieurs flamands, où tout tient sur la toile, de la fenêtre à la cheminée». Des références classiques – Friedrich, Delacroix, Hopper – nourrissent son imaginaire, radeau de la méduse sur la plage de Riantec ou madone à l’enfant dans une cuisine en faux rustique. «J’ai beaucoup emprunté aux scènes de la mythologie religieuse ou grecque, à l’énergie et à la vitalité de Rubens, comme La Ronde, ce mouvement sans fin comme un espace clos, ou La descente de croix, avec le jeu des tissus, les corps arcboutés, le corps qui tombe. Tout dépend de ce que j’ai sous les yeux, l’influence est inconsciente, ce ne sont pas des idées que je reproduis». Dans sa version à elle de La descente, les hommes portent des casquettes fluo et les femmes des tee-shirts et des lunettes de soleil…

http://muriellouette.zeblog.com

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