Lundi, 05 Décembre 2016 16:54

L’homme pressé

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SLIDE-cabanescabanesIl inspire la métaphore météorologique. On se prend les toiles de Damien Cabanes de plein fouet comme une rafale de vent au détour d’une rue. Pour peu que l’on soit un peu sensible, on pourrait même dire qu’on en prend plein la gueule. Pourtant rien de violent dans ce dessin à la peinture exécuté très vite, instinctivement, aux couleurs intenses et essentielles. Explications.

Dans un certain cinéma à la mode ces dernières années, il y avait ce truc d’accélération des images puis de ralenti extrême, le Bullet Time, popularisé dans la série des Matrix. Quand on franchit le seuil de la galerie et qu’on porte son regard sur la première toile au mur, c’est ça. Un effet spécial. Un quart de seconde. Un
uppercut dans le plexus, la sensation d’être téléporté aux côtés du peintre, là, face à ces deux filles les jambes pendantes, un pinceau à la main et le bras qui s’agite, traçant le dessin à toute allure. Se retrouver face à l’artiste est donc une expérience troublante, hitchcockienne. L’impression de l’avoir regardé travailler par la fenêtre. Damien Cabanes est calme en apparence, presque placide. Un masque qui tombe dès qu’il se met à parler de son travail, avec le détachement d’un tueur en série… « Je crois que le fonctionnement du cerveau n’utilise pas les mêmes zones. Moi je crois que je passe par le reptilien, plus rapide qu’une autre partie qui analyserait ce qu’elle voit. Manet, Fragonard, Goya, ont peint très vite. Je fais une synthèse qui donne un résultat très différent de ce qu’on obtiendrait par l’analyse. Travailler vite et beaucoup, à profusion, dans un état boulimique, c’est quelque chose qui fait sortir encore plus d’énergie. Parfois je fais des séances de six heures – des condensés d’énergie – après lesquelles je dors toute la journée ». Ce travail avec la vitesse, Damien Cabanes l’a poussé à l’extrême dans une série de portraits de chiens, formidable, instinctive, où la sensation d’immédiateté est ici à son acmé : « Ça ne dure pas plus de cinq secondes, et je ne reviens jamais dessus. Il y a une excitation de peindre à toute allure, sur un papier qui coûte très cher, mais il ne faut pas avoir peur. Si on se lance vraiment dedans il y a très peu de déchets. Il y en aurait s’il y avait hésitation ». Dans ce Bullet time, on parle de l’importance du geste : « Il y a trois choses : la réalité de ce qui est devant moi, la réalité de la peinture, l’outil, et la réalité de mon corps en mouvement, avec une intensité qui fusionne. Plus l’urgence de l’instant ». Cette intensité, on la retrouve dans les couleurs employées. Une couleur qui passe avant tout pour l’artiste : « Quoi que je vois, ce qui attire ma rétine, c’est d’abord la couleur dans l’espace. Je vois des formes de couleur ». Ces masses colorées qui s’affinent créent un dessin sûrement plus figuratif encore qu’une reproduction fidèle, Cabanes reprenant à son compte une citation du poète Yves Bonnefoy « Le rôle du poète c’est de montrer un arbre avant que notre cabanesintellect dise que c’est un arbre ». Mission accomplie.

Lu 1282 fois Dernière modification le Lundi, 05 Décembre 2016 17:01
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