SLIDESHOW ACCUEIL

SLIDESHOW ACCUEIL (3)

Lundi, 05 Décembre 2016 17:11

Papiers d’identité

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roboElle plie, coud, fabrique objets et accessoires, mais sa vraie identité, elle l’a compris à présent, est dans le papier qu’elle découpe et colle, pour en faire des installations. Masae Robo s’est enfin trouvée, elle est et sera plasticienne. Ses poissons sont à voir à la médiathèque de Quéven.

A Lorient on l’a vue souvent, ses ateliers d’origami à la librairie Comme dans les livres, de calligraphie japonaise dans les écoles, ses expositions. A Quéven, elle est le pivot central du temps fort consacré au Japon « J’ai animé des ateliers sur la culture japonaise : la cérémonie de dégustation du thé matcha, en kimono, avec les vrais ustensiles (le petit fouet en bambou qui émulsionne cette délicate poudre de thé s’appelle le Chasen, ndlr), la confection de Maki-Zushi (oui, avec un Z), le pliage de tissu – Furoshiki – pour créer des sacs éphémère ou des emballages cadeau ». Masae Robo fait également partie du team Babellium, à Quimperlé, qui invente de nouvelles formes d’apprentissage des langues étrangères, par la pratique d’activités ludiques (découvrir l’anglais en faisant du crochet, le russe en cuisinant ou le japonais en pliant des origamis). Mais la culture japonaise n’est pas une fin en soi pour Masae Robo « Je profite du fait d’être japonaise, c’est juste une inspiration ». Designer d’intérieur, la jeune femme, installée en France depuis quinze ans, a rencontré son mari à Londres avant de venir vivre et travailler à Lorient, où elle fait des décorations de vitrines. « Au début, j’ai touché à tout : bijoux, objets de décoration, mobiles… Maintenant, je vais me concentrer sur l’art ». Ancienne élève de Christine Sutton, charismatique figure des Beaux-Arts de Lorient pendant quatre ans, Masae Robo a aujourd’hui trouvé épure, sens et lignes dans son travail « Je crois que ce que j’aime, c’est une certaine simplicité raffinée, une forme de légèreté, de finesse ». Pour cette invitation à Quéven, Masae dit être «tombée amoureuse de l’espace d’exposition » et y avoir imaginé aussitôt ses poissons « Je travaille en 3D. C’est du découpage avec papier épais uni, ordinaire. Ce n’est pas du tout de l’origami, même s’il y a une inspiration japonaise, ce n’est pas du tout quelque chose de traditionnel. Je fais des installations avec la masse, je crée des mouvements, et je joue avec ces mouvements et les différentes tailles et couleurs des poissons. Du blanc, du noir et du rouge ». Résultat, une forme d’accumulations délicate, qui a davantage à voir avec l’art contemporain qu’avec les poissons d’Hokusai…

Lundi, 05 Décembre 2016 17:06

Jeux de vilaines

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Bérénice Guénée et Martina Menconi ont créé la compagnie Mains Fortes. Ensemble, de leurs doigts gantés, elles font exister deux petits personnages, Alpha et Bêta, dans un éloge de la différence, qui n’est pas destiné qu’aux enfants, « Haut Bas ».

On les avait découvertes lors d’un Micro Theatro, à Lorient, ces sessions de présentation de spectacles en cours de création. Dans un grenier, tout au haut des Ateliers du Bout du Monde. Il y avait déjà quelque chose, dans cet embryon de spectacle, qui attirait l’attention… Une forme d’absurdité à la Bartleby, dans l’histoire de ce petit personnage simplissime mais très expressif – deux doigts, un gant de laine, une tête en mousse – perdu dans un quotidien urbain et répétitif, et « sauvé » par l’exploration du monde. Après deux ans de travail, l’histoire a pris forme(s) : « On était parties de L’éloge de la folie, d’Erasme, qu’on a gardé en tête mais complètement lâché. Le propos s’est transformé en un questionnement sur la norme, la différence ; la notion de cadre social, à la fois rassurant et écrasant, et comment en sortir ». Alpha navigue entre deux univers, celui de la cité, évoqué dans un petit théâtre à la table – un travail de menuisier avec trappes, portes, et surprises – et celui du vaste monde, du voyage, recréé à base d’ombres – les deux filles viennent de l’univers des machines optiques – dans une esthétique plus surréaliste, onirique… « On s’est rencontrées dans la compagnie Les Rémouleurs, qui utilise les marionnettes et les projections d’images à l’ancienne, les lanternes magiques… A nous deux on cumule
scénographie et illustration ». Bérénice et Martina avaient envie de travailler en Bretagne, elles ont donc implanté leur compagnie, Mains Fortes, à Port-Louis, et à Rennes, où se trouve leur atelier. C’est là qu’est né Alpha, dont les états d’âme constituent le cœur du spectacle « Peur, froid, angoisses… On est parties de
son quotidien, comme base, et puis on l’a emmené sur la banquise, dans le désert… C’est ce voyage à travers les symboles, et les rencontres qu’il fait, qui lui permettent de se découvrir lui-même en même temps que le monde. L’idée c’était d’aller jusqu’à l’épanouissement par l’expérience. On avait envie d’être positives, de montrer qu’essayer ça enrichit, qu’accepter de ne pas être dans le moule peut apporter de belles choses » En noir et blanc, Alpha évolue parmi les dessins découpés, les miroirs et les silhouettes « On a beaucoup testé à partir des techniques qu’on maîtrisait déjà, des effets de lumière sur différents matériaux, rhodoïd, peinture vitrail, plexi... ». On attend avec impatience de voir si le résultat final, sur une vraie scène et non plus dans un grenier, gardera le charme du bricolage et de la simplicité, accompagné par une BO signée Stravinsky, Benjamin Britten et Yma Sumac…

Lundi, 05 Décembre 2016 16:54

L’homme pressé

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SLIDE-cabanescabanesIl inspire la métaphore météorologique. On se prend les toiles de Damien Cabanes de plein fouet comme une rafale de vent au détour d’une rue. Pour peu que l’on soit un peu sensible, on pourrait même dire qu’on en prend plein la gueule. Pourtant rien de violent dans ce dessin à la peinture exécuté très vite, instinctivement, aux couleurs intenses et essentielles. Explications.

Dans un certain cinéma à la mode ces dernières années, il y avait ce truc d’accélération des images puis de ralenti extrême, le Bullet Time, popularisé dans la série des Matrix. Quand on franchit le seuil de la galerie et qu’on porte son regard sur la première toile au mur, c’est ça. Un effet spécial. Un quart de seconde. Un
uppercut dans le plexus, la sensation d’être téléporté aux côtés du peintre, là, face à ces deux filles les jambes pendantes, un pinceau à la main et le bras qui s’agite, traçant le dessin à toute allure. Se retrouver face à l’artiste est donc une expérience troublante, hitchcockienne. L’impression de l’avoir regardé travailler par la fenêtre. Damien Cabanes est calme en apparence, presque placide. Un masque qui tombe dès qu’il se met à parler de son travail, avec le détachement d’un tueur en série… « Je crois que le fonctionnement du cerveau n’utilise pas les mêmes zones. Moi je crois que je passe par le reptilien, plus rapide qu’une autre partie qui analyserait ce qu’elle voit. Manet, Fragonard, Goya, ont peint très vite. Je fais une synthèse qui donne un résultat très différent de ce qu’on obtiendrait par l’analyse. Travailler vite et beaucoup, à profusion, dans un état boulimique, c’est quelque chose qui fait sortir encore plus d’énergie. Parfois je fais des séances de six heures – des condensés d’énergie – après lesquelles je dors toute la journée ». Ce travail avec la vitesse, Damien Cabanes l’a poussé à l’extrême dans une série de portraits de chiens, formidable, instinctive, où la sensation d’immédiateté est ici à son acmé : « Ça ne dure pas plus de cinq secondes, et je ne reviens jamais dessus. Il y a une excitation de peindre à toute allure, sur un papier qui coûte très cher, mais il ne faut pas avoir peur. Si on se lance vraiment dedans il y a très peu de déchets. Il y en aurait s’il y avait hésitation ». Dans ce Bullet time, on parle de l’importance du geste : « Il y a trois choses : la réalité de ce qui est devant moi, la réalité de la peinture, l’outil, et la réalité de mon corps en mouvement, avec une intensité qui fusionne. Plus l’urgence de l’instant ». Cette intensité, on la retrouve dans les couleurs employées. Une couleur qui passe avant tout pour l’artiste : « Quoi que je vois, ce qui attire ma rétine, c’est d’abord la couleur dans l’espace. Je vois des formes de couleur ». Ces masses colorées qui s’affinent créent un dessin sûrement plus figuratif encore qu’une reproduction fidèle, Cabanes reprenant à son compte une citation du poète Yves Bonnefoy « Le rôle du poète c’est de montrer un arbre avant que notre cabanesintellect dise que c’est un arbre ». Mission accomplie.