Du 3 au 13 novembre, de Lorient à Vannes, le festival Les IndisciplinéEs, c’est le rendez-vous automnal avec les musiques actuelles. A l’affiche, des groupes émergents plutôt que des machines à cash. Un choix exigeant et pointu dans lequel il n’est pas toujours facile de s’orienter, mais où on regrette rarement d’avoir fait preuve de curiosité. Nous avons demandé à trois membres du comité de programmation de Radio Balises, jeune radio morbihannaise, quels seront leurs choix.

EMMANUELLE DEBAUSSART, journaliste
Mantra de programmatrice : « J’ai envie que les gens écoutent ce qu’on passe et se disent : Wow ! C’est super. C’est quoi ? »
Coup de cœur IndisciplinéEs : Elle ira voir toute la soirée du 4 novembre, attirée au départ par Motorama « Un groupe russe pop new-wave qui me rappelle les années 80, mais sans nostalgie. C’est très actuel, c’est du
vintage avant-gardiste ! Avec eux je suis en terrain connu, la base mélodique et l’émotion, mais avec quelque chose de propre et de modernisé, débarrassé de ce qui ne marchait pas à l’époque, le kitsch, les synthés pourris et les boîtes à rythmes… Ensuite j’ai découvert les autres groupes de la soirée, qui ont eux aussi des racines 80 et finalement, mon choix numéro 1, ce sera peut être bien Ulrika Spacek, pour son côté plus abrasif »

NONNA GOMILA, étudiant
Mantra de programmateur : « En voiture, je n’ai pas envie d’écouter tout le temps les mêmes bouses à répétition. Donc l’idée c’est diversifier et rythmer »
Coup de cœur IndisciplinéEs : « Thylacine, que j’ai découvert aux Charrues 2015. De l’électro. C’est calme et mélodieux, même si en live il y a davantage de basses et c’est plus pêchu. Un Français seul en scène, qui a trouvé ses sons en voyageant, notamment dans le Transsibérien… Et Club Cheval, c’est un peu de la dance, de l’électro-pop, mais plus original que le basique habituel. Ils sont marrants, il y en a un qui a les cheveux bleus avec une coupe au bol… Je les ai vus deux fois, à Panoramas puis à Rock’n Solex, où ils avaient déjà bien évolué, c’était plus propre, mieux calibré… Leur set est super, tu danses tout le temps et tu t’amuses… »

TIPHAINE LEGOUPIL, conceptrice graphique
Mantra de programmatrice : « Préparer l’oreille à ce qui va passer dans le coin »
Coup de cœur IndisciplinéEs : « Dark Circus : multimédia, ciné-concert, c’est très visuel, il y a plein de choses en train de se construire sur scène autour de la musique, avec du sable, des découpages, des films d’animation…. C’est vraiment tout public. Grand Blanc : ils chantent en Français, ils ont de belles voix, c’est entraînant, moderne, et c’est un groupe qui va monter, parce qu’ils en ont sous le pied. Motorama : parce que c’est du rock libre, actuel, sans codes. Et Thylacine, parce qu’il fait voyager…».

Le photographe Eric Courtet expose à Lanester une série au titre inspiré par Dominique A « Y revenir ». Mettre ses pas dans ceux de son enfance, revoir les lieux, refaire les trajets… Un voyage en soi-même, une recherche entre imaginaire et réalité.


Comment photographier ses souvenirs ? Dans les limbes de notre mémoire se mêlent images réelles et fruits de notre imagination, aux dimensions parfois déformées, distordues, amplifiées, aux couleurs transformées. Revenir sur son passé est une démarche que de nombreux écrivains ont faite, de Marcel Pagnol à Marguerite Duras, d’Annie Ernaux -qu’Eric Courtet a beaucoup lue- à Dominique A, à qui il a emprunté le titre de son livre, Y revenir, pour l’appliquer à son exposition de photos. « Il y raconte son retour à Provins, ses souvenirs. Ce livre, je l’avais tout le temps avec moi, comme un road-book. C’est pour ça que j’ai écrit à Dominique A pour lui demander l’autorisation de lui emprunter ce titre ».

Pendant les neuf fois et les trois saisons de son voyage à Lanester, Courtet a « erré dans la ville, les quartiers où j’ai vécu, j’ai sonné chez des gens qui m’ont ouvert leur porte. C’était revenir et revivre des émotions. J’ai quitté Lanester vers l’âge de 16 ans, je suis parti à Paris, puis je suis revenu à Lorient. Ces photos, c’est une quête de moments vécus, ça m’a permis de revenir sur mon passé. J’avais des images mentales que j’ai réussi à reconstituer ». Pour revenir à Lanester, ville floue, il était évident d’utiliser une technique privilégiant le délavé, le grain, le bruit, le flou... Aussi Courtet a-t-il choisi le sténopé, la méthode des premières photos : un trou dans une boîte, un bout de papier photosensible et de la patience. Beaucoup de
patience, puisque le temps de pause, dans les conditions de faible lumière, est très long. Un temps qui sans nul doute donne à ces photos une intériorité, un ancrage, une force qu’elles n’auraient peut-être pas eues avec un traitement Photoshop… Son sténopé, Courtet l’a monté sur un appareil numérique « Je l’ai fabriqué en
enlevant mon objectif et en faisant un trou dans le capuchon, que j’ai mis à la place de l’objectif. J’aime bien l’idée de la rencontre entre un principe ancien et la technologie d’aujourd’hui ». Le résultat, des formats carrés où seuls les contours créent l’image, qui devient dès lors extrêmement onirique, où sans même savoir qu’il s’agit d’une plongée dans le passé, on sait immédiatement que ce que l’on regarde, c’est l’intérieur de la tête du photographe. Et un côté vintage indéniable, largement aussi efficace que les filtres Instagram pour restituer des souvenirs des années 80… Tantôt très documentaire, avec des rues, des lieux, des sites reconnaissables, le pôle extérieur, la série a son pendant « psychanalytique » avec des photos plus symboliques, où des détails, des objets métaphoriques, recréent un souvenir à la manière d’Hitchcock, le pôle intérieur. Une intériorité qui fait écho à chacun, que l’on soit né à Toulon ou à Provins… Alors que nous discutions, en face des photos, avec Eric Courtet, une dame et son mari ont fait le tour de l’exposition. Une dame aux collants couleur chair, une dame classique, retraitée, paroissienne. Une dame touchée. « Dites-donc c’est un peu toutes les émotions de votre vie que vous mettez là» elle a dit. Voilà.

Théâtre no limit

En 2010, on entendait parler pour la première fois des Chiens de Navarre. « Une raclette »… Une raclette ? Leur premier spectacle. On avait un pote qui les avait vus, il disait que c’était génial. On ne savait pas. On ne savait pas qu’on allait être balayés par eux. Comme un ouragan, la tempête a balayé le passé, allumé nos vies, c’est un incendie qu’on ne peut plus arrêter. Les chiens sont nos idoles, nos préférés, nos souvenirs, nos références. Un collectif qui nous fait tilter à chacun de ses spectacles, qui parlent de nous avec une dérision et un humour totalement no limit.

Janvier 2014. Lorient. Le public du CDDB découvre Les Chiens dans « Quand je pense qu’on va vieillir ensemble ». Sur scène, culottes nylon ramollos, marcels tachés et perruques à deux balles, des comédiens jouent à la pétanque, pendant que les spectateurs s’installent dans leurs fauteuils, pensant pouvoir attendre le début du spectacle comme à l’habitude, en feuilletant distraitement le programme de salle, en vérifiant les derniers mails arrivés. No way. Les Chiens ne veulent pas de ça. Les chiens ne veulent pas de tiédeur. Pas de repos dans la salle. Ça se met à gueuler. A s’engueuler. A invectiver le public. Se lancer les boules de pétanque à la gueule. Poches de sang artificiel qui explosent. Les Chiens de Navarre sont des chiens enragés.

« Que voulez-vous, les gens sont comme ça ».

Avec « Les Armoires normandes », il faudra encore avoir checké ses mails avant. Parce que le prologue est encore plus dingue. Par pure charité
chrétienne, on se dispensera de dévoiler ce qu’il se passe sur le plateau, pour en laisser la relative surprise au lecteur. La suite, il faut bien en parler, c’est la même chose que dans les autres
spectacles des Chiens, un portrait de la société dans ce qui paraît être des clichés : scènes du quotidien, émissions de télé, groupes de paroles… Dans la salle, les spectateurs regardent sur la scène ce qu’ils sont, ce qu’ils font, parfois. En se disant qu’ils regardent leurs voisins. Qu’ils connaissent des gens qui sont comme ça. Qu’ils ont déjà vécu cette situation. Oh mon dieu, mais qu’il ont déjà fait ce genre de choses, en fait. Enfin, eux, pas nous. Non, ben non, pas nous. Pas moi. Mais eux, oui. Eux ils ont déjà vu leur beau-frère faire tourner en l’air la culotte de sa femme au mariage de leur nièce. Mais pas nous. Eux, ils ont déjà vu des couples s’insulter en fin de soirée et se balancer leur reste de champagne. Mais pas nous. Eux, ils ont déjà vu l’animateur du
mariage, celui qui gesticule avec son micro, se pencher sur la mariée et lui faire faire des trucs dégradants, dégueulasses. Nous, on déjà vu le regard de la mariée, et prié pour ça s’arrête.

« J’en ai tellement rêvé. C’est le plus beau jour de ma vie ».

Comme dans leurs précédents spectacles, Les Chiens reprennent le principe des saynètes qui s’enchainent, tournant autour d’un thème –ici l’amour et le couple- pour en traiter toutes les facettes. Comme toujours, ils ne reculent devant rien, aucun effet burlesque, aucun excès, aucun n’importe quoi, puisque, grâce à leur baguette magique, ils transforment tout en or. Les trucs les plus lourds, les plus trashs, les plus gores, font sens, trouvent leur place et leur justification. Pire encore, Les Chiens arrivent à –en un twist- nous faire basculer de la grosse marrade à la gorge serrée. Les situations de comédie
burlesque se transforment en drame quotidien, en situation tragique, en désespérance, et pif, deux secondes plus tard s’enchaîne un numéro qui arrive comme un cheveu sur la soupe et pourtant ça passe. Ça passe toujours. On ressort hilare. Et puis on va diner avec les amis qui nous accompagnaient. Eux non plus, ils ne se sont pas reconnus là dedans. Ah non. Pas eux…

En 2010, on entendait parler pour la première fois des Chiens de Navarre. « Une raclette »… Une raclette ? Leur premier spectacle. On avait un pote qui les avait vus, il disait que c’était génial. On ne savait pas. On ne savait pas qu’on allait être balayés par eux. Comme un ouragan, la tempête a balayé le passé, allumé nos vies, c’est un incendie qu’on ne peut plus arrêter. Les chiens sont nos idoles, nos préférés, nos souvenirs, nos références. Un collectif qui nous fait tilter à chacun de ses spectacles, qui parlent de nous avec une dérision et un humour totalement no limit.

Janvier 2014. Lorient. Le public du CDDB découvre Les Chiens dans « Quand je pense qu’on va vieillir ensemble ». Sur scène, culottes nylon ramollos, marcels tachés et perruques à deux balles, des comédiens jouent à la pétanque, pendant que les spectateurs s’installent dans leurs fauteuils, pensant pouvoir attendre le début du spectacle comme à l’habitude, en feuilletant distraitement le programme de salle, en vérifiant les derniers mails arrivés. No way. Les Chiens ne veulent pas de ça. Les chiens ne veulent pas de tiédeur. Pas de repos dans la salle. Ça se met à gueuler. A s’engueuler. A invectiver le public. Se lancer les boules de pétanque à la gueule. Poches de sang artificiel qui explosent. Les Chiens de Navarre sont des chiens enragés.

« Que voulez-vous, les gens sont comme ça ».

Avec « Les Armoires normandes », il faudra encore avoir checké ses mails avant. Parce que le prologue est encore plus dingue. Par pure charité
chrétienne, on se dispensera de dévoiler ce qu’il se passe sur le plateau, pour en laisser la relative surprise au lecteur. La suite, il faut bien en parler, c’est la même chose que dans les autres
spectacles des Chiens, un portrait de la société dans ce qui paraît être des clichés : scènes du quotidien, émissions de télé, groupes de paroles… Dans la salle, les spectateurs regardent sur la scène ce qu’ils sont, ce qu’ils font, parfois. En se disant qu’ils regardent leurs voisins. Qu’ils connaissent des gens qui sont comme ça. Qu’ils ont déjà vécu cette situation. Oh mon dieu, mais qu’il ont déjà fait ce genre de choses, en fait. Enfin, eux, pas nous. Non, ben non, pas nous. Pas moi. Mais eux, oui. Eux ils ont déjà vu leur beau-frère faire tourner en l’air la culotte de sa femme au mariage de leur nièce. Mais pas nous. Eux, ils ont déjà vu des couples s’insulter en fin de soirée et se balancer leur reste de champagne. Mais pas nous. Eux, ils ont déjà vu l’animateur du
mariage, celui qui gesticule avec son micro, se pencher sur la mariée et lui faire faire des trucs dégradants, dégueulasses. Nous, on déjà vu le regard de la mariée, et prié pour ça s’arrête.

« J’en ai tellement rêvé. C’est le plus beau jour de ma vie ».

Comme dans leurs précédents spectacles, Les Chiens reprennent le principe des saynètes qui s’enchainent, tournant autour d’un thème –ici l’amour et le couple- pour en traiter toutes les facettes. Comme toujours, ils ne reculent devant rien, aucun effet burlesque, aucun excès, aucun n’importe quoi, puisque, grâce à leur baguette magique, ils transforment tout en or. Les trucs les plus lourds, les plus trashs, les plus gores, font sens, trouvent leur place et leur justification. Pire encore, Les Chiens arrivent à –en un twist- nous faire basculer de la grosse marrade à la gorge serrée. Les situations de comédie
burlesque se transforment en drame quotidien, en situation tragique, en désespérance, et pif, deux secondes plus tard s’enchaîne un numéro qui arrive comme un cheveu sur la soupe et pourtant ça passe. Ça passe toujours. On ressort hilare. Et puis on va diner avec les amis qui nous accompagnaient. Eux non plus, ils ne se sont pas reconnus là dedans. Ah non. Pas eux…

Peindre l’été


Vous êtes à la terrasse d’un café. À la plage. Sur un banc, dans la ville. Telle une vigie invisible vous laissez aller votre regard d’une scène à une autre, vous arrêtant sur ce couple, là, en train de s’embrasser, sur cette femme qui réinstalle sa natte de plage, sur cet homme qui lit. Tous indifférents à votre regard, qu’ils ne sentent pas mais qui les enregistre. Un théâtre qui vous fascine.
Autant de micro-histoires pas plus longues que ressentir l’instant dans un bras posé sur un accoudoir, une tête penchée, une épaule qui se tend. Ces postures sans pose, ces attitudes spontanées, naturelles, sans préméditation, Béatrice Ducrest les voit, souvent depuis sa fenêtre, qu’elle a la chance d’avoir face à la mer, à Larmor-Plage, et les peint « sur le motif », c’est-à-dire sur place, en live. Pas de photo, pas de dessin préparatoire, directement sur la toile, l’autre sera là, fixé pour toujours. Béatrice s’est précipitée sur son chevalet. Ici, sur la plage de Toulhars, là, à la Villa Margaret, délicieux établissement sis dans une villa d’été, au port de Kernével, où elle peint souvent, mais encore sur des places, depuis une terrasse, plutôt en bord de mer mais pas seulement. Si elle manque une posture, ce n’est pas grave : « Sur la plage, chaque personne a en moyenne six attitudes différentes, alors il suffit d’attendre pour qu’elles reviennent ! » Pourquoi lui, pourquoi elle ? « Certaines personnes attirent l’attention rien que par leur présence, mais parfois, c’est juste un rapport de couleur, une scène. Au début, c’est toujours une émotion visuelle ». Cette émotion, elle la partage avec nous, nous transportant dans ce temps suspendu, fait d’abandon, de nonchalance, d’été, de bras nus, de jambes découvertes, de corps détendus. « J’interprète ce que je vois. Je retrace une histoire à ma manière. L’énergie des gens me nourrit. J’aime les lieux de rencontre et de vie ». Le dessin posé « je recrée une scène et une émotion, c’est ma phase observation/restitution », souvent cerné d’un trait épais, noir ou bleu, à la Matisse, il va attendre la nuit que Béatrice revienne au matin lui donner couleur, matière et lumière. Souvent très simple, le dessin de Béatrice Ducrest se laisse parfois aller à la surenchère, et rencontre autre chose : une saturation des couleurs, une violence des émotions, des contrastes forts, qui rendent l’image moins lisse, et viennent nous chercher de manière moins paisible, mais tout autant séduisante, à la manière des visages de Van Dongen. Son été perpétuel, à la Nino Ferrer, où le temps dure longtemps, Béatrice Ducrest nous en fait cadeau, et c’est joli.

 


> Jusqu’au 1er septembre :
Médiathèque de Larmor-Plage.
> Du 7 au 18 août : Fort du Gripp,
île de Groix, avec Gildas Kervingant.

Sauvage ordinaire

C’est la très belle chapelle Saint-Esprit, à Auray, qui reçoit Nastasja Duthois. Un lieu chargé d’étrangeté, entre sacré et abandon, qui tire le regard vers le très haut et la lumière. À charge pour l’artiste de nous ramener à l’horizontale, le regard droit devant, sur ses aiguillées contemporaines.


Nastaja Duthois joue avec le blanc et le noir, le blanc de ses écheveaux, l’écru de ses toiles de lin, le noir de son fil, le noir de sa lumière. Noir le chapiteau au centre de la chapelle, comme un pivot autour duquel tourne le visiteur, noire la lumière qui y fait apparaître sa galerie de portraits La dynastie du grain de riz. Blanc son paravent, fait de six très grands panneaux, encore vierges, que la jeune femme va broder au cours de l’été à l’aide de longues aiguilles courbes. « Être présente dans le lieu et y travailler me permet de parler de mon travail, des techniques. Le dessin va apparaître au fur et à mesure, le public pourra revenir voir l’évolution ». L’installation a été conçue pour résonner avec le lieu : « J’ai joué à reconstruire un intérieur avec un chapiteau d’extérieur à l’intérieur. Les portraits qui y sont exposés existaient mais créent avec le chapiteau une forme finale, qui est immersive : les visages ne sont visibles qu’avec de la lumière noire. Rémi Pommereuil, musicien originaire d’Auray, a fait une création sonore pour l’installation, qui amplifie cette immersion ». Le paravent, lui, est monté sur roulettes pour que le visiteur puisse le déplacer et modifier ainsi les angles et les points de vue sur le dessin.  « Je veux y représenter une forme, avec laquelle je vais me donner une ligne, mais sans faire de croquis préparatoires. Je sais où je veux aller mais pas comment. Je veux qu’on se rende compte de la longueur, du temps que cela prend, et surtout que le visiteur soit pris dans le dessin». Cette forme, ce sera un bras, en positif-négatif, qui apparaît doucement en creux par la création de points en hachures. Sur les panneaux qui entourent le chapiteau, on retrouve certaines des œuvres réalisées pour des expositions en extérieur et des photos de ces installations où le fragile du tissu contraste avec la pierre ou le végétal, à Groix, à l’Abbaye Saint-Maurice, à Plozévet, dans le réservoir de Lorient…
Nastasja Duthois fait partie du collectif d’artistes lorientais Multi-Prises, et a fait du fil son medium favori, le détournant et l’exploitant non pas comme un dessin au fil ou de la broderie, mais comme un nouveau langage, que la plasticienne fait évoluer et sur lequel elle se questionne dans une démarche très globale de recherche contemporaine et poétique.

 

> Jusqu’au 18 septembre :
Chapelle Saint-Esprit, Auray. Entrée libre
> Samedi 13 août de 14h à 18h :
Atelier photo mise en scène
> Mercredi 10 août :
Performance dessin brodé
> Jeudi 15 septembre à 19h :
Carte blanche « La fabrique de lignes »,
> Samedi 17 septembre à 20h30 :
Concert électro avec Jumo
> Renseignements 02 97 56 18 00
> http://multi-prises.fr/

01 Juil.

Même pas peur

Published in LES CHRONIQUES SDS

Un passage pour les autres mondes au Manoir de Kernault

L’exposition annuelle du Manoir de Kernault est consacrée aux mondes parallèles et merveilleux, depuis
les traditions celtes jusqu’aux vampires de Twilight. Un voyage documentaire mais aussi un jeu d’énigmes pour petits et grands, « La clef des mondes ».


Exposition en plusieurs phases, « Même pas peur » se visitera idéalement en deux temps. Les lieux ne sont pas si grands, et il est possible de faire le tour pour revenir dans chaque salle. On se précipitera d’abord, surtout si l’on est muni d’enfants, vers les bornes interactives qui rythment le jeu d’enquêtes « La clef des mondes ». Après avoir choisi son personnage, fée, chasseuse de vampires, barbare ou elfe, une série d’énigmes de difficultés variables – en réalité davantage des jeux que des énigmes – permet de récupérer des clefs, qui ouvrent la dernière porte et la sortie. Ceci fait, les enfants calmés, on refera un circuit, pour profiter des différentes ambiances, que l’on
découvre en ouvrant les rideaux de papier qui séparent les pièces. « L’autre monde gaulois » aux forêts de lierre et de baies ou « La chasse merveilleuse » aux animaux visibles à la lumière noire… Huit mondes en totalité, dont les décors s’intègrent plutôt bien dans l’univers de Kernault, créant une vraie féerie et plongeant dans des ambiances fantastiques. « De l’autre côté du miroir », autour de l’univers d’Alice et des mondes inversés, exploite le grand salon du manoir avec un papier peint à fleurs sombres, « La crypte de l’effroi » vous plonge d’un côté dans l’univers de Dracula (on ne vous dit pas comment, on vous laisse la surprise) et de l’autre dans celui des chasseuses de vampires à la Buffy ou à la Bella, dans une chambre d’ado au couvre-lit rouge sang.
Dans chaque pièce, des panneaux de lecture renseignent sur ces univers imaginaires : merveilleux médiéval, fantasy à la Tolkien, fantastique à la Dracula, mondes parallèles, revenants, vampires… D’abord de la littérature, de la plus ancienne, celle des contes du Moyen Âge ou des légendes celtes, jusqu’aux best-sellers contemporains, Harry Potter ou Twilight. Prisés par les ados, ces livres attirent aussi les adultes, notamment les femmes, et constituent souvent la base de jeux de rôles ou jeux vidéo, mais aussi de séries télévisées, comme « Buffy contre les vampires » ou « Game of thrones », et bien sûr de films, comme « Le Seigneur des anneaux » ou « Le Monde de Narnia ».
De nombreux documents vidéo mais surtout sonores permettent de compléter ce panorama des mondes imaginaires, casques ou écrans souvent mis en scène de manière originale. Une exposition à parcourir en famille ou seul(e) pour ceux qui sont sensibles au merveilleux…

> Atelier découverte de la langue elfique : traduction et écriture à la plume.
Tous les mercredis à 15h du 6 juillet au 31 août. 1 €.
> Pendant l’été, ouvert tous les jours de 11h à 18h30.
De 1 € à 5 €.
02 98 71 90 60.
www.cdp29.fr

Fonds de poches


Jean-Luc Brisson, Charlotte Charbonnel, Jonas Delhaye, Vincent Fortemps, Lise Gaudaire, Sylvain Le Corre,
Fréderic Le Junter, Ariane Michel, Laurent Millet et Hendrik Sturm sont les invités de la 18e édition de L’art chemin faisant, parcours d’art contemporain dans et autour de Pont-Scorff. Sous le titre Imaginaires géographiques, cette édition rassemble dix artistes dont les œuvres ont pour thématique « l’exploration d’espaces proches ou lointains, la marche, la découverte du paysage, la rencontre avec l’animal, les phénomènes du monde naturel et scientifique ». Parmi leurs très belles propositions, nous n’avons eu d’yeux que pour Sylvain Le Corre, pour l’intelligence des connexions qu’il crée entre les choses, pour l’intensité des sensations qu’il retransmet, pour la finesse de ses mises en œuvre(s). Un coup de foudre absolu.


Il faudra peut-être un temps d’acclimatation. Se sortir des schémas de l’art spectaculaire, des grands formats, des images évidentes. Il faudrait faire le chemin avec lui. Se poser sur son épaule comme un rouge-gorge attentif, et le
regarder faire. Le suivre dans ses promenades. Voleter dans la direction de son regard, se poser sur ce qu’il voit et observer à son tour. Ressentir. Modéliser en esprit les connexions qui s’opèrent entre son imaginaire, son cerveau et ce qui est là, sous nos yeux mais que lui seul voit et transforme ensuite. « Je regarde tout le temps la nature. J’ai appris à voir des formes, des états de transition des végétaux et des animaux. Tout m’intrigue, tout me questionne. J’essaye de comprendre pourquoi ça me touche autant, par des correspondances, des connexions de formes et de couleurs ». Rien d’une pose dans son discours, rien de conceptuel : dans ce que produit Le Corre, l’intensité de son rapport à la nature palpite à l’unisson du nôtre, et se reproduit graphiquement, aisément lisible, sans besoin de cartel ni de médiation. Pour accéder à une lecture empathique de la nature, il lui faut trouver dans son propre corps des échos des systèmes végétaux, entre racines, branches, veines, poumons, peau… Ces formes – un os de souris, des ramifications, des branchages – deviennent des images en lui – dans une phase aux frontières de la méditation – et se transforment alors dans un dessin qui « associe le sens et le rêve ». Un paysage mental, imaginaire mais relié à la réalité, nourri de ressenti et d’émotions, de ce temps passé à « capter le paysage, entre l’observation scientifique et le regard d’enfant ». L’installation réalisée pour l’Atelier d’Estienne tient un peu du cabinet de curiosités, avec des vitrines inspirées de celles des muséums d’histoire naturelle. À l’intérieur, des planches de botanique recensent formes, plantes, systèmes, ceux-là mêmes qui se retrouvent dans les encres de ses paysages imaginaires, échelles changées, associées, transposées, hybridées par cet apprenti botaniste à la Mary Shelley. Pas de dessin préparatoire, mais ses dessins d’étude, qui l’aident à comprendre, ont formé un vocabulaire, dans lequel il pioche pour parler de son rapport à la nature, à la mort aussi, la décomposition, mais sans morbidité. Juste une étape. Dans ses installations, des animaux, sculptés, moulés, naturalisés – il a appris à le faire dans les règles de l’art – « j’ai toujours une boîte, un sac, ou sinon mes poches, pour ramasser des choses ». D’où le titre de l’installation : Fonds de poches.


> Toute la programmation et les horaires sur www.atelier-estienne.fr. 02 97 32 42 13.
> Sylvain Le Corre expose aussi dans Lieux mouvants au Château de Coscro, à Lignol (56)

Jusqu’au 14 août, la Cité de la voile, à Lorient, ouvre l’Annexe, un nouveau lieu d’exposition de 450 m2, dans
lequel s’est installée « Ton corps, super héros » une exposition interactive et très ludique, qui permet de tester son corps au sein de trois grandes thématiques : les mesures, le mouvement et l’esprit. Aussi accessible aux enfants qu’aux adultes, une visite où l’on apprend en s’amusant vraiment. Banc test.


C’est un piège drôlement bien ficelé. Sitôt passée l’entrée, alors qu’on s’apprête à enquiller les cartels et faire le tour en dix minutes, on s’est déjà fait avoir. Par la toise, qui l’air de rien, sans y toucher, vous aspire comme un aimant. On la voit à peine, caméléon gris sur fond gris, mais on se retourne quand même pour accomplir ce geste familier d’abaisser le curseur sur le dessus du crâne. Ce geste d’enfance. Et quand la souche de gommettes colorées vient vous faire de l’œil, comment résister à la tentation d’en détacher une et la coller sur le graphique qui répertorie par âge et taille les visiteurs, orange fluo pour les femmes et vert électrique pour les hommes ? Voilà. Vous êtes déjà cuits. Ici, vous posez intuitivement vos mains sur les poignées et vous ne vous étonnez même pas que s’affiche votre rythme cardiaque. Là, vous découvrez votre silhouette en rouge, orange, vert, jaune, selon les zones les plus chaudes, simplement en vous avançant vers un écran. Les instructions tiennent en quelques points, si simples qu’elles sont parfois presque superflues. Vous comprenez qu’ici il faut bondir, là hurler, ou encore sauter le plus légèrement possible. Très vite, par la présence de caméras ou d’appareils photos, vous jouez avec votre image, qui s’affiche sur les murs comme un gentil fantôme, qui vous piège avec malice. Et s’il s’agit souvent de se mesurer, mesurer ses réactions en centièmes de secondes, mesurer ses proportions – visiblement, nous sommes tous d’une envergure égale à notre taille, comme l’homme de Vitruve, de Léonard de Vinci – à aucun moment les cartels ne viennent vous donner des complexes. Tout juste des repères : voilà, vous avez produit autant de décibels qu’une trompette, point. C’est dans la dernière partie de l’exposition, que vous allez vous faire bluffer le plus, vous étonner de ce que le cerveau peut vous faire croire, trompé par les yeux, l’imagination, les constructions mentales, mais toujours sans jugement ni compétition : c’est là – outre l’aspect intuitif de l’exposition, et son indiscutable intérêt pédagogique – le grand talent des concepteurs, le Swiss Science Center Technorama, à Winterthour, à côté de Zürich, un grand centre de vulgarisation scientifique dont « Ton corps, super héros » est l’une des nombreuses expositions itinérantes. Les Morbihannais en profiteront de préférence en semaine, ou sur l’heure du midi, pour éviter l’attente aux machines, même si les propositions sont nombreuses, et que les visiteurs ont la place de se répartir dans l’espace. Compter environ 1h30.


> Exposition seule : de 4€ à 6€
> Exposition + Cité de la voile : de 3€ à 15€
> Cité de la Voile Eric Tabarly
Lorient La Base
> 02 97 655 656 - www.citevoile-tabarly.com

Les Bretons en photo dans la ville

C’est le gros événement de la saison, en Pays de Quimperlé. D’abord parce que la ville y consacre deux de ses lieux d’exposition fétiches, la Maison des Archers et la Chapelle des Ursulines. Ensuite parce que l’artiste exposé est l’un des grands noms bretons, le photographe des hommes et des femmes de Bretagne, « Thersi » : Michel Thersiquel.


La Chapelle des Ursulines, en haute ville, reçoit donc Thersiquel, après Tal-Coat, Bazaine, Combas, Paul Bloas… Dans ce lieu clef de la ville, chaque été, les Ursulines aimantent les amateurs d’art, mais avec Thersiquel, c’est l’émotion qui s’invite. Au-delà du talent, au-delà de la technique, au-delà de la dimension artistique, Thersiquel, c’est d’abord un témoin, LE témoin de la vie des Bretons, de leurs rires et leurs rides, leurs vies, la vie. Presqu’un ethnologue, presqu’un sociologue, autant qu’un amoureux des gens, un as du portrait. Thersiquel a disparu en 2007, et c’est ici la première grande exposition depuis, réalisée en partenariat avec l’association Les amis de Michel Thersiquel et le Port-Musée de Douarnenez, qui est aujourd’hui le dépositaire et administrateur du fonds photographique de « Thersi », soit 70 000 photos… Aux Ursulines, et en noir et blanc, sont ainsi visibles les séries qui ont rendu Thersiquel célèbre, celles de ses débuts, à Pont-Aven où il s’installe au début des années 70 et qu’il rencontre des figures de la culture bretonne tels que Xavier Grall, Georges Perros, Glenmor… Dans les images présentées, c’est comme un reportage géant sur la Bretagne. Des hommes et des femmes au travail, des années de photographies, une approche honnête et empathique de l’autre, cafés-épiceries, travaux des champs, marins pêcheurs, vie quotidienne dans les îles bretonnes, villages de l’intérieur et des côtes… Exceptionnellement, la très romantique galerie du magnifique cloître des Ursulines est ouverte, un plaisir supplémentaire, et y est accrochée une série qui fera particulièrement tilt aux Lorientais, celle intitulée « Kerpape », des images très fortes, celles de corps handicapés, faites au centre de réadaptation fonctionnelle de Plœmeur. Conçue comme un parcours, l’exposition se poursuit avec encore des photographies, dans la sortie par l’arrière de la chapelle, puis dans la rue Savary, qui relie haute et basse ville (dans la descente, en profiter pour boire un verre Chez Chouchou, ou y réserver une table pour goûter leurs formidables Ribs caramélisés). Enfin, dans la mignonne Maison des Archers, en basse ville, demeure de notable du XVIe siècle, c’est la couleur Thersiquel qui est mise en avant : celle des années 80, où il doublait ses reportages en noir et blanc par un autre boîtier chargé en films couleur. Une couleur, qui, comme pour rattraper des années de noir et blanc, jaillit et explose, notamment dans le jaune des cirés Cotten, dont Thersiquel a su faire un usage graphique bien avant l’heure.

 

>  Chapelle des Ursulines. 02 98 39 28 44 – 02 98 96 37 37
> Maison des Archers. 02 98 39 06 63
Les deux lieux sont ouverts tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h sauf le mardi.
> Tarif de 3€ à 5€