11 Jan

Gaele Flao

Published in LES CHRONIQUES SDS

Même si sa patte se reconnaît entre mille, elle fait partie de ces artistes que l’on peut voir et revoir sans fin, tant son travail se renouvelle et se transforme. Gaele Flao expose à la Galerie Tal-Coat d’Hennebont du 14 janvier au 26 février.
Elle vient tout juste d’achever une gros­se, une très grosse expo à Saint-Malo, en compagnie de son oncle, Gildas Flahault, peintre du vo­yage et de la mer. Des mois de travail dans un atelier loué pour l’occasion, à peindre comme des fous à grandes respirations, comme des saltimbanques, des acrobates. Des dizaines de toiles parties déjà chez ceux qui n’ont pu résister, et ont plongé la tête la première dans ces puits de lumière que Gaele sait ouvrir dans la toile. Des dizaines de toiles parties et déjà il faut recommencer. “J’avais commencé à peindre des arbres pour une expo à Pont-Aven, et j’ai eu envie de continuer là-dessus, sur la nature. En ce moment, tout ce qui a trait au mouvement et à la nature nourrit mon travail. Les saisons, la croissance, la végétation, la vibration”.

La danse des singes

Pour ses dernières toiles, où elle explore encore et toujours le mouvement, Gaele s’est postée devant des modèles plutôt remuants. “J’ai passé des journées entières au zoo de Pont-Scorff avec les singes… J’ai fait beaucoup de croquis, les babouins, presque humains, incroyables, mais surtout les makis, ces lémuriens qui font comme des mouvements de danse, presqu’un mouvement originel. J’ai retravaillé ces croquis en insistant sur l’ombre et la lumière”. Une lumière qui fait son entrée en force dans les grandes toiles de l’artiste “Je regarde beaucoup, les arbres autour de moi, comment ça fonctionne, les contre-jours, les petites lumières derrière les feuilles, et sur la toile je travaille avec des pigments, de l’huile, du jus de goudron, de l’encre, comme une estampe chinoise. C’est une alchimie de matériaux, une dilution qui arrive parfois sans que je sache vraiment par où je suis passée”. À Hennebont, Gaele présentera singes en croquis et en grands formats, sérigraphies rehaussées à l’encre, lutteurs ou danseurs, mais aussi plusieurs toiles sur les arbres. Feuilles tremblantes, troncs massifs, branches noueuses, bleu de cobalt ou vert absinthe, faits d’encres et de jus bruns, leur force vitale jaillit de la toile comme s’ils étaient vivants. Normal. À vol d’oiseau, Brocéliande n’est pas si loin.


Isabelle Nivet

Du 14 janvier au 26 février
Galerie Tal-Coat, centre culturel d’Hennebont
Renseignements 02 97 36 17 30

www.gaele-flao.com


Il est peintre. Il est breton. Il est voyageur. Il a peint les voiles, les ciels et les marins, les nomades et les Inuits, sur des affiches et des bateaux, sur des toiles et des cartes marines. Gildas Flahault peint depuis 30 ans. Il était temps d’en faire un livre.
Quand on arrive chez Gildas, sur le rebord de la fenêtre, il y a un grand saladier Pyrex où dessalent deux grosses tranches de morue ; accrochée au garde-corps, il y a une queue de thon qui finit de dessécher, et dans le jardin, deux crânes d’otaries pendus à des grands clous rouillés. Les vêtements sur un portant, le matelas sur le carrelage, les pinceaux dans un coin, Gildas a jeté l’ancre en rade de Lorient. “Je ne sais si seule la mer est responsable de ma nature nomade ou si j’ai ressenti naturellement dès l’enfance une méfiance envers le mode de vie sédentaire, mais j’entends chaque jour le monde m’appeler depuis ses quatre coins” dit-il dans la préface de son nouveau livre. Si bien écrite que ça énerve un peu. Comme si ça ne suffisait pas d’être un dessinateur hors pair, un peintre puissant, un pur coloriste, un sculpteur, un affichiste prolifique. “Ce n’est pas du langage parlé. Ma fille se moque de moi en me disant que c’est de la langue du XIXe siècle, mais il faut un minimum littéraire !”

Un pavé 24 x 24
“Ça fait des années que j’essaye de me faire un book. Je me suis aperçu que ça faisait 30 ans que je n’avais pas arrêté de créer. J’ai beaucoup déménagé et transporté une malle avec tous ces documents, et en l’ouvrant, je me suis dit qu’il y avait matière à en faire un livre”. Et voilà “ Images”, dont la fille de Gildas, Angela, graphiste, a fait la maquette. On ne peut pas dire combien de pages il fait, parce qu’ils n’ont pas voulu le folioter, mais il est épais, bien épais, et on y retrouve ou on y découvre les paysages à la Victor Hugo, les marins titubant, la force du vent et les bordées d’oiseaux, la froideur de la mer et les falaises qui tombent, les princes nomades et les aristocrates noirs.
Made in Breizh
L’éditeur du bouquin c’est lui “Le plus beau métier du monde ! Ça découvre, ça va chez les gens, ça leur permet d’exister. Le truc, c’est que les éditeurs sont les seuls à gagner leur vie, alors, moi, j’ai décidé de les shunter et diffuser moi-même en Bretagne, d’abord dans le Morbihan. Parce que mes images sont nées ici. à Port Navalo”. Les relations avec les imprimeurs, Gildas connaît, il a plus d’une centaine d’affiches à son actif, dont celles des six éditions de la Semaine du Golfe, ou des Grandes Régates de Port Navalo, striées de sa typo manuscrite si caractéristique, grandes lettres à empâtement, colorées d’encre diluée. “ Ma dernière expo à Saint-Malo, au départ du Rhum, m’a permis de payer l’imprimeur, maintenant, il ne me reste plus qu’à prendre ma valise et aller voir les libraires !”


Isabelle Nivet

“Images” est disponible à Lorient, chez l’Imaginaire, Coop Breizh et la Cité de la Voile, à Plœmeur
chez Sillage, à la Maison de la Presse de Port-Navalo et sur le site www.gildas-flahault.com,
au prix de 35 €


La compagnie Eskemm présentera sa nouvelle création au Grand Théâtre de Lorient, le 15 décembre. Pour
de faux met en scène danseurs et marionnettes, une première pour cette compagnie qui mixe habituellement hip-hop et danse contemporaine.

Il y a Mini Jack, marionnette d’enfant à gaine, comme un doudou, un sacré grognon. Il y a RCA, soixante centimètres de mousse, presqu’ une peluche, espiègle et malicieux. Il y a Jack, un bon mètre, une armature de bois, plus posé, aux airs de mentor. Trois marionnettes qui portent des noms qui évoqueront l’univers de la scène à ceux qui ont l’oreille rock : les jacks, mini jacks et prises RCA sont les fiches qui servent à connecter le matériel audio-vidéo… “Et la petite fille s’appelle Nouette, comme les lacets qui servent à attacher les rideaux aux perches. On a voulu faire un clin d’œil à l’univers du spectacle” expliquent Karine Le Bris et Fadil Kasri.

J’ai pas envie de grandir
Dans la catégorie Jeune Public “Pour de faux” prend la suite de “Quand il pleut il fait des bulles”, créé il y a cinq ans et joué 80 fois, et s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes grâce à son histoire universelle. Nouette, petite fille rêveuse, sorte d’Alice, recule le moment d’entrer dans le monde des adultes en s’échappant dans un monde imaginaire où son doudou va l’amener à grandir. Nouette, c’est Roxane Defevère, la danseuse fétiche de la compagnie. Elle est accompagnée sur scène par Fadil Kasri et émilie Dubois, danseurs-manipulateurs. “C’est un apprentissage, la marionnette. Rien que pour la tenir, ça donne des courbatures ! Il faut comprendre comment lui donner présence et vie, donner l’impression qu’elle regarde, lui trouver une personnalité et une gestuelle, comprendre ses articulations, tester les qualités de corps, les déhanchés, les ondulations, le relâché, la souplesse. Et comment inscrire la danse à travers la manipulation ? On joue avec deux qualités, le retrait au service de la manipulation, et la danse en corps à corps. Il faut que le danseur trouve sa place”.

Danse avec les marionnettes

C’est la première fois que cette compagnie lorientaise introduit des marionnettes dans son univers, très contemporain, et c’est avec les spécialistes du Bouffou-Théâtre, à Hennebont, qu’ils ont appris les “ ficelles » du métier. “ On a d’abord testé avec une marionnette existante, puis on a dessiné les trois personnages avec Didier Lahaye, qui les a réalisés. On lui a fait un peu peur, parce que naturellement on s’est mis à danser très en contact avec la marionnette, à la lancer, rouler au sol. La manipulation des marionnettes est en fait très codifiée, et nous on bousculait un peu ça, on désacralisait les choses… ». Autour des chorégraphes, on retrouve toute une équipe de Lorientais, Jean Henry à la photo, Mathilde Desgré au graphisme, iOta (ex Tcha K) qui signe une création accordéon + électro-dub, et Jérôme Le Dimet à la régie pour un gros travail d’ombres et de lumière. n

Isabelle Nivet

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