Music Act’ en Pays de Vannes


Music Act’, c’est trois mois de connectique entre musique et bande dessinée. Une histoire d’amour à grands coups de jacks et d’ampli, de bananes et de perfectos, de groupies et d’autographes. Conférences, expos, ateliers, projections sont au programme en Pays de Vannes, et plus particulièrement à l’Echonova, avec l’exposition de Terreur Graphique, du 4 novembre au 14 décembre.

Il a plutôt un nom de maison d’édition que de dessinateur, mais pourtant pas d’erreur, au test téléphonique – « Alloooo ? C’est bien Terreur Graphique à l’appareil ? » – il répond par l’affirmative, très poliment. Pas de hurlements gores, pas de bruits de dégueulis, pas d’onomatopées suspectes, la demi-heure de conversation téléphonique se déroulera en toute urbanité. Visiblement, c’est plutôt de la pointe du Rotring qu’il se lâche, sur des dessins qui peuvent parfois être assez trash, à la façon Crumb. Mais presque toujours avec des interactions avec le monde de la musique. « Pour ne pas employer le mot background, je dirais que la musique, c’est mon fond de culture. J’étais tout le temps aux concerts, j’ai été bénévole pour des festivals, je fais des affiches pour des groupes, pour des concerts, ou pour des salles : j’ai collaboré avec l’Astrolabe, à Orléans, et tous les deux mois je dessine dans le programme de la salle de Tours, Le Temps Machine. Maintenant je m’éloigne un petit peu d’elle, parce que c’est vraiment segmentant comme milieu. Personne n’écoute la même et n’aime la même ! » Terreur Graphique vient tard à la BD, vers l’âge de 30 ans. Il est alors à Nantes, et rejoint la maison d’édition Vide Cocagne, où il dirige la revue et la collection Alimentation Générale. Depuis 2010, une bonne demi-douzaine d’albums publiés, une collaboration avec Fluide Glacial, ça va, il pédale pour rattraper le temps. « La musique est dans ce que je dessine, mais aussi dans la façon dont je dessine. Je rythme les pages comme un morceau, avec une progression, pour pas faire quelque chose de plan-plan. Au début, j’allais très vite, c’était plutôt comme un morceau de punk-rock. Aujourd’hui, ça ressemble plutôt à de la chanson française… » Aux murs de l’Echonova, une grosse vingtaine de dessins, des anciens, des récents, d’autres réalisés spécialement pour l’expo « Des réinterprétations de groupes, retranscrits dans le monde ouvrier. Par exemple, les Daft Punk avec des combis Motul et des casques de mobylette, dans une casse auto ! » Et des affiches, forcément : « Les affiches c’est différent. Un bon dessin ne fait pas forcément une bonne affiche. Il faut penser typo, placement… Ça doit donner une ambiance, ou faire un clin d’œil appuyé à l’univers du groupe. Ça doit taper, marquer visuellement. Pour moi c’est une récréation, où je peux me lâcher un peu, parce qu’il n’y a pas de concept de narration. C’est plus libre. Enfin, plus libre, jusqu’au moment de la validation de l’affiche ! »

 

> Exposition visible les soirs de concert. L’Echonova, 1 rue Léon Griffon
56890 Saint-Avé. 02 97 62 20 40.
www.lechonova.com
> http://terreurgraphique.tumblr.com

J’ai vu un documentaire, le Mois du doc en Pays de Lorient


L’association lorientaise J’ai vu un documentaire propose une série de films documentaires à l’occasion du « Mois du doc », manifestation nationale. Parmi eux, le buzz du moment, la belle histoire d’« Anaïs s’en va-t-en guerre ».

Pour cette 15e édition du Mois du doc, J’ai vu un documentaire a sélectionné quatre lieux de diffusion. Petites salles, endroits atypiques, l’idée, prolonger une projection par des discussions conviviales et des rencontres avec les réalisateurs. Pour le film qui représente le plus gros capital sympathie du programme, Anaïs s’en va-t-en guerre, sa réalisatrice, Marion Gervais, fera le déplacement, conquise par la ferme du Cosquer où deux jeunes agriculteurs en bio, Elodie et Mathieu, se sont installés il y a presque deux ans. Outre le film et les lieux (et la cheminée !) c’est sa présence qui constitue le grand intérêt de la projection, puisque le doc est visible sur internet, qu’il a été relayé très largement dans les réseaux sociaux, totalisant 420000 vues en deux mois. Une œuvre sensible, qui surfe sur la vague du développement durable, du retour à une agriculture raisonnée, de l’initiative individuelle (Anaïs est une jeune agricultrice qui s’est lancée dans la culture d’herbes aromatiques à Saint-Sulliac, dans l’Ille-et-Vilaine) mais aussi sur la personnalité attachante de son héroïne, Anaïs, 24 ans, jolie blonde aux yeux bleus. Touchés par ce cocktail de séduction imparable, les internautes se sont si largement manifestés auprès de Quark Productions, le producteur du film (en réclamant des nouvelles, en proposant de l’aide…) que l’équipe a ouvert un dossier de crowdfunding sur Ulule. Un carton sidérant. 479 % de la somme demandée atteints. Sur les 4000 € demandés pour aider Anaïs à financer l’achat d’une terre, 19160 € ont été récoltés à la date de cet article. Un succès que décrypte pour nous l’équipe de J’ai vu un documentaire : « Le film doit beaucoup à la qualité de relation qu’a su établir la réalisatrice. C’est le premier film de Marion Gervais, qui a été formée aux Ateliers Varan, créés par Jean Rouch, ethno-anthropologue et documentariste, et basés sur l’humain. Elle a filmé très longtemps, de manière très simple, à hauteur d’homme, le suivi d’une personne au quotidien. On voit les saisons passer… Et on sent qu’elle est fascinée par Anaïs, qu’il y a une relation forte entre le filmeur et le filmé, parce qu’elle est entrée dans son intimité. C’est un film qui n’est pas prétentieux. Dès les premières minutes le spectateur est accroché, Anaïs est dans son champ, elle râle, elle arrache des mauvaises herbes. Elle est là, toute frêle mais on sent qu’elle a un gros caractère. Elle est toute seule et elle bosse tout le temps. On ne la voit que travailler. Il y a beaucoup d’émotion autour de ce personnage très fort. On tombe sous le charme. Nous aussi on est à ses côtés, et on a envie de se battre et d’oser… »

 

> Les potagistes, 7/11 à 20h,
la Poudrière, Port-Louis.
> Parade, 12/11 à 18h30,
studio du Grand théâtre, Lorient.
> Anaïs s’en va-t-en guerre, 15/11 à 20h,
ferme du Cosquer, Caudan.
> Examen d’état, 28/11 à 20h,
l’Artimon, Locmiquélic. 06 19 05 69 45.
www.jaivuundocumentaire.fr

Parallèles éditions


Il y a parfois, dans les rencontres avec les artistes, ce moment gênant où l’on s’aperçoit que le discours servi reprend des codes. Expressions toutes faites et creuses, concepts trop bien emballés, vocabulaire jargonnesque, tout fait Pschitt. Sinon, il y a aussi des moments formidables où vous vous trouvez en face de jeunes gens modernes, intelligents, futés, rapides, sincères, de démarches calées, réalistes. Et de discours, oui, car c’est nécessaire, pour comprendre des œuvres complexes.

Nicolas Bourriaud, critique d’art contemporain, dit ceci : « Quand elle regarde un match de tennis, ma tante voit deux personnes qui cognent sur une boule en mousse et rien d'autre. Quand j'écoute de la musique contemporaine, je m'ennuie vite parce que je n'ai jamais fait l'effort. Un Indien dayak ne comprend pas spontanément Rembrandt, pas plus qu'un directeur de musée parisien ne comprend les subtilités du cinéma populaire hindou ». Et si ce préambule est un peu long, c’est parce que Maïa D’Aboville et Ferdinand Dervieux, malgré les quelques anglicismes qu’ils rougissent d’employer si souvent, en sont exactement là. Dans des aventures artistiques qu’il leur a fallu apprendre à expliquer avec des mots et concepts clairs, qui nous demandent un minimum d’effort pour écouter et comprendre. Des aventures qui ont porté sur le podium de concours et appels à projets prestigieux ce binôme de jeunes diplômés des Arts décoratifs, qui travaille sous le nom « Parallèles éditions ». Une plateforme pour présenter leurs coréalisations, intimement mixées, où Maïa porte la compétence design graphique et multimédia, et Ferdinand l’image imprimée. Lauréats au festival de design graphique de Chaumont, sélectionnés par Marseille-Provence 2013, gagnants d’un concours organisé par le NUMA, le duo applique dans tous ses projets une philosophie réjouissante et optimiste. « Le numérique ne détruit pas ce qu’on avait avant. Nous, on pense qu’on peut faire ce qu’on veut avec, qu’il n’y a pas de conflit. Qu’aujourd’hui on peut anticiper et inventer avec ces outils ». Témoin leur projet phare « Lis tes classiques », affiche de bibliothèque en trompe-l’œil, truffée de QR Codes à flasher pour télécharger des textes classiques. Une idée toute simple à la croisée de leurs chemins : « Relier le numérique et le tangible, créer une interaction dans la ville, relancer de la culture. Le QR code peut être quelque chose d’assommant, systématiquement utilisé dans le domaine publicitaire. On a cherché comment le rendre plus beau et plus intéressant. C’est un outil gratuit, regardez ce qu’on peut en faire ! » Si télécharger des textes sur internet est facile, le QR code à flasher est lui comme une main tendue vers le lecteur, une proposition impromptue, une suggestion glissée à l’oreille… Une idée reprise dans la déclinaison du projet pour la SNCF, sur une ligne de Lorraine. Des textes dont la taille n’est plus calculée en termes de mots ou de pages, mais de durée de lecture, correspondant à la durée des trajets sur la ligne ! Tout le contraire, finalement, de la mort annoncée du texte, terrassé par le spectre du numérique… « Un nouveau média ne tuera pas l’ancien. Au contraire, deux supports que nous aurions tendance à opposer vont finalement dialoguer, coexister, et s’enrichir mutuellement… »

 

> Difficile de parler de tous les projets du duo, tous plus enthousiasmants les uns que les autres, reliant toujours technologies numériques et techniques graphiques ancestrales, combinant art et jeu, dessin et applications, virtuel et réel. Tous sont à découvrir à la médiathèque L’Orientis du 24 octobre au 10 décembre.

07 Oct.

Tête haute

Published in LES CHRONIQUES SDS


Cyril Teste / Joël Jouanneau


«C’est l’histoire d’une petite fille qui a été abandonnée par ses parents, roi et reine. Elle vit au cœur de la forêt avec son dictionnaire ; elle apprend tous les mots et cela suffit à son bonheur. Mais voilà, dans les contes, de même que dans la vraie vie, les enfants traversent des épreuves « tête haute » et en sortent grandis ; la petite fille triomphe de sa peur lors d’une course effrénée dans la forêt et gagne les clefs du royaume de sa naissance ».

Le résumé de « Tête haute » résume mais ne dit rien, comme tous les résumés, qui se contentent d’une histoire, dont l’intérêt est bien sûr surtout dans comment on la raconte. Et comment on la raconte, ça les connaît, ceux qui l’ont racontée, cette histoire-là. L’auteur d’abord, Joël Jouanneau et sa grammaire si particulière, sa façon toute à lui de manipuler les mots comme un enfant, qui mettrait à une poupée une tête de dinosaure et des jambes en pattes de canard : « Alors que je dormir – et moi, je dormir pour de bon, je pas somnoler – j’entendre une petite voix (…) Et je finis par comprendre qu’elle viendre de l’encrier. Je l’ouvrir, et je voir, tout au fond de l’encre noire, une si presque trop belle petite fille ». L’enfance, c’est son terrain d’écriture, à Jouanneau, qui gratte depuis longtemps des contes initiatiques où il n’a de cesse d’inviter l’enfant à se « tiendre » debout, garder la « tête haute », tenir son cap, tracer sa route… Ce texte, qui semble s’aligner si bien dans la bibliothèque de Jouanneau, a été écrit pour Cyril Teste, du collectif MxM, avec lequel les collaborations ont été régulières ces dernières années. « Joël était là dès le départ, il écrivait au plateau, lors des répétitions. Il écrivait pour les acteurs. Moi, je voulais partir de la question du conte, et plus précisément en regard du Petit Poucet, qui est une œuvre majeure pour moi. Travailler la question de l’abandon. On a choisi que le personnage principal soit une fille et pas un garçon. Comme Poucet, elle va réaliser son identité dans la marche. C’est un road-movie ». Si Jouanneau raconte avec son langage en Meccano, c’est avec d’autres joujoux que Teste construit, des outils virtuels, une technologie complexe, des images qui « coracontent » l’histoire.
« Autant Joël travaille sur les mots, le verbe, autant je travaille sur les nombres, le numérique. On coécrit les images et le texte. Les images ne sont jamais plaquées. Même si techniquement, le spectacle est un objet très sophistiqué, c’est toujours au service du merveilleux. J’ai beaucoup regardé La nuit du chasseur, où j’ai trouvé mes ressources esthétiques. Je suis principalement parti d’une base classique, l’ombre chinoise, mais comme un dessin animé réalisé en temps réel. C’est très complexe mais le rendu est très simple. On part dans le rêve, avec des acteurs réels qui se transforment en personnages virtuels, comme quand on ouvre un livre de contes. C’est une immersion ».

> Présenté dans le cadre du festival « Les Salles Mômes »
> Jeudi 30 octobre à 19h et vendredi 31 octobre à 15h
Théâtre du Blavet, Inzinzac-Lochrist. www.triotheatree.com

Geneviève Asse, Cécile Bart et Aurélie Nemours.


Le FRAC Bretagne expose hors ses murs trois grandes dames de l’art contemporain, Geneviève Asse, Cécile Bart et Aurélie Nemours, dans la chapelle des Ursulines, à Quimperlé.  

Chaque arrêt vous coûtera quelques centimes d’euro. Divisé par le nombre d’œuvres – une petite vingtaine – le prix d’entrée : 4,50 € – pourrait sembler scandaleusement élevé, pourtant, cette exposition, fruit d’une sélection faite par le FRAC Bretagne dans ses collections, offre un point de départ passionnant sur la perception et le rendu des couleurs dans l’art contemporain. Et pas seulement. Car si Geneviève Asse est présente au Musée de La Cohue, à Vannes, au sein d’une salle qui lui est entièrement dédiée, les œuvres de ses deux consœurs, Cécile Bart et Aurélie Nemours, sont plus difficiles à rencontrer. Il est donc précieux de les découvrir là, dans ce bel écrin serein qu’est la chapelle des Ursulines. Avec néanmoins un regret, celui de la sagesse des œuvres de Cécile Bart, qui a pour marque de fabrique de grandes installations labyrinthiques. Ici, les pièces choisies sont classiquement accrochées aux murs, au lieu de s’envoler dans l’espace. Elles n’en conservent pas moins leur aspect le plus intéressant, celui d’entraîner le visiteur dans le mouvement, translations et reculs, changements de point de vue, presqu’une danse avec l’œuvre. Les couleurs, appliquées sur de grands cadres de Tergal, comme des écrans géants, de cinéma ou de sérigraphie, n’étant jamais perceptibles frontalement, il faut donc se déplacer pour découvrir la matière, l’éclat, et la teinte exacte des rayures ou des aplats de couleurs. La transparence devient matité, à travers un mode opératoire obligatoire : marcher – se pencher – tourner la tête – regarder. On joue ainsi, et surtout dans « Profils » la seule œuvre accrochée perpendiculairement au mur, à effacer et remettre la couleur, la faire résonner avec les lieux et l’espace, entrant ainsi dans une relation étroite avec elle, comme le dit Bart : « Que la perception de l’œuvre puisse se faire dans la fluidité des déplacements ». Née en 1958, Cécile Bart est la benjamine du trio, une modernité que l’on sent nettement dans son travail, d’autant plus que les œuvres d’Aurélie Nemours (1910-2005) sont clairement marquées par l’art du milieu du 20e siècle, dans l’esprit des cubistes aux couleurs primaires, Mondrian, Malevitch… Abstraite et géométrique, l’œuvre de Nemours explore la répétition, le rythme, autour de formes issues du carré, et beaucoup la croix, des variations à l’infini, dans de rares couleurs, et beaucoup de noir et de blanc. « On ne peut rien dire sans le rythme, c’est vrai pour une phrase comme pour un tableau ». Exposées dans le « Chœur des religieuses », les quelques œuvres de Nemours ont du mal à s’épanouir, dans une scénographie plus condensée, et surtout, confrontées aux bleus de Geneviève Asse, qui, en petit et moyen formats, sont plus difficiles à aborder, comme parfois avec cette peintre qui n’utilise qu’un certain bleu-gris pâle, « le bleu Asse ». Des abstractions presque monochromes qui témoignent d’une recherche sur la matière, la lumière et l’espace, mais aussi d’un cheminement intérieur très fortement perceptible : « Le bleu est un appel. Un sentiment de profondeur et d’espérance. Un langage ». Geneviève Asse est née à Vannes en 1923, et vit à l’Ile-aux-Moines.

 

> Chapelle des Ursulines, Quimperlé (29) Jusqu’au 28 septembre.
Tous les jours sauf mardi.


Le musée de La Cohue, à Vannes, a conçu cette année une exposition thématique transversale où le paysage se décline sous des formes et dans des œuvres très différentes, dans des jeux de miroirs réjouissants entre ancien et moderne.

C’est à Marie-Françoise Le Saux  que l’on doit l’idée de cette exposition faite de parallèles, de croisements, de mises en regard. Une joyeuse partie de chamboule-tout, où le Conservateur en chef  (la masculinisation des fonctions a la vie dure, dans le domaine) a pioché dans ses collections avec la jubilation d’un enfant dans un magasin de bonbons, associant le classique et le contemporain, se laissant porter par l’associations d’idées, de lignes et de couleurs. « C’est un prétexte à regarder de la peinture ! Une façon de montrer certaines œuvres après restauration, mettre en lumière ce travail souterrain, et remettre aux cimaises des œuvres de la collection permanente, qui étaient en réserve, et que certains visiteurs regrettaient de ne plus voir. Il y a comme des rendez-vous avec les œuvres, des rendez-vous avec l’émotion ». Ces résonances trouvées entre les œuvres ont l’intelligence de se faire légères, sur des couleurs, des lignes, des clins d’oeil. Pas question de chercher l’exact parallèle, mais d’avantage d’induire un jeu de piste subtil, une finesse de correspondances, que l’on trouvera ou pas, c’est le jeu… « On a fait une accroche qui propose des rencontres, des mises en
perspective... Des peintures de salon XIXe en écho avec des œuvres abstraites du XXe mais aussi des œuvres d’aujourd’hui, de jeunes artistes contemporains ». Ainsi, aux « Bestiaux sur les falaises du Tréport », peints par Rosa Venneman en 1887, ultra classique paysage de troupeaux, répond la sculpture très brute d’une vache allongée, signée Cédric Guillermo, né en 1986, ancien des Beaux-Arts de Lorient. À « En forêt, le givre », peint par Léon Le Goaebe de Bellée en 1879, si classique qu’il pourrait figurer sur le couvercle d’une boîte de chocolats de Noël, répondent des Tal-Coat dernière période, très blancs, crépis de matière, abstractions nourries par la nature. En face de
marines à l’huile, parfaitement réalisées, notre coup de cœur, les extraordinaires gravures à l’aquatinte de Maurice Maillard, travail d’une grande finesse sur la matière et la lumière, hésitant joliment entre figuration et abstraction. Ce cheminement, du classicisme aux nouvelles formes, peut parfois aller à l’extrême, comme avec une formidable série de vidéos de Marcel Dinahet, présentée sur une douzaine de petits écrans, plans fixes d’Er Lannic, minuscule île au large de Gavrinis, où l’artiste a immergé sa caméra, fixant le dessus et le dessous, les vibrations de l’eau, les changements de lumière et de couleur, à différentes époques de l’année. « Le paysage est un genre qui a traversé l’histoire de l’art. Ce circuit, c’est comme une coupe transversale, qui montre que ce n’est pas un genre démodé, traité avec des outils différents ».

 

> Jusqu’au 15 février
Musée de La Cohue, place Saint-Pierre, Vannes, tous les jours, 10h-18h.
De 4,30€ à 6,30€, gratuit – 18 ans.

Le 20 septembre à 15h : Conférence de Denise Delouche « Le tableau et le paysage ».
De 3€ à 5€.


Le musée de La Cohue, à Vannes, a conçu cette année une exposition thématique transversale où le paysage se décline sous des formes et dans des œuvres très différentes, dans des jeux de miroirs réjouissants entre ancien et moderne.

C’est à Marie-Françoise Le Saux  que l’on doit l’idée de cette exposition faite de parallèles, de croisements, de mises en regard. Une joyeuse partie de chamboule-tout, où le Conservateur en chef  (la masculinisation des fonctions a la vie dure, dans le domaine) a pioché dans ses collections avec la jubilation d’un enfant dans un magasin de bonbons, associant le classique et le contemporain, se laissant porter par l’associations d’idées, de lignes et de couleurs. « C’est un prétexte à regarder de la peinture ! Une façon de montrer certaines œuvres après restauration, mettre en lumière ce travail souterrain, et remettre aux cimaises des œuvres de la collection permanente, qui étaient en réserve, et que certains visiteurs regrettaient de ne plus voir. Il y a comme des rendez-vous avec les œuvres, des rendez-vous avec l’émotion ». Ces résonances trouvées entre les œuvres ont l’intelligence de se faire légères, sur des couleurs, des lignes, des clins d’oeil. Pas question de chercher l’exact parallèle, mais d’avantage d’induire un jeu de piste subtil, une finesse de correspondances, que l’on trouvera ou pas, c’est le jeu… « On a fait une accroche qui propose des rencontres, des mises en
perspective... Des peintures de salon XIXe en écho avec des œuvres abstraites du XXe mais aussi des œuvres d’aujourd’hui, de jeunes artistes contemporains ». Ainsi, aux « Bestiaux sur les falaises du Tréport », peints par Rosa Venneman en 1887, ultra classique paysage de troupeaux, répond la sculpture très brute d’une vache allongée, signée Cédric Guillermo, né en 1986, ancien des Beaux-Arts de Lorient. À « En forêt, le givre », peint par Léon Le Goaebe de Bellée en 1879, si classique qu’il pourrait figurer sur le couvercle d’une boîte de chocolats de Noël, répondent des Tal-Coat dernière période, très blancs, crépis de matière, abstractions nourries par la nature. En face de
marines à l’huile, parfaitement réalisées, notre coup de cœur, les extraordinaires gravures à l’aquatinte de Maurice Maillard, travail d’une grande finesse sur la matière et la lumière, hésitant joliment entre figuration et abstraction. Ce cheminement, du classicisme aux nouvelles formes, peut parfois aller à l’extrême, comme avec une formidable série de vidéos de Marcel Dinahet, présentée sur une douzaine de petits écrans, plans fixes d’Er Lannic, minuscule île au large de Gavrinis, où l’artiste a immergé sa caméra, fixant le dessus et le dessous, les vibrations de l’eau, les changements de lumière et de couleur, à différentes époques de l’année. « Le paysage est un genre qui a traversé l’histoire de l’art. Ce circuit, c’est comme une coupe transversale, qui montre que ce n’est pas un genre démodé, traité avec des outils différents ».

 

> Jusqu’au 15 février
Musée de La Cohue, place Saint-Pierre, Vannes, tous les jours, 10h-18h.
De 4,30€ à 6,30€, gratuit – 18 ans.

Le 20 septembre à 15h : Conférence de Denise Delouche « Le tableau et le paysage ».
De 3€ à 5€.




ça faisait un petit moment que ça ne vous était pas arrivé. Un vrai gros coup de cœur pour un peintre. Qui vous fait tendre le cou à travers la vitrine, flairant que quelque chose va vous tomber dessus. Vous fait entrer sur la pointe des pieds, comme un setter sur la piste d’un faisan tombé entre les arbres. Vous fait tomber en arrêt, patte avant dressée, œil vif, langue pendante, cerveau brouillé par le refrain lancinant du je-le-veux- je-le-veux- je-le-veux-oh-oui-je-le-veux. Rien ne vous rendrait plus heureux à ce moment-là que de repartir avec ce tableau-là, emballé dans du papier kraft et de la ficelle à rôti. C’est pas si simple. En tout cas ça fait du bien d’en parler.

Il s’appelle Matthieu Bobin. Il expose à Vannes, dans la galerie qu’il a créée avec sa femme, au milieu des peintres qu’ils ont sélectionnés. Parler de lui seul est impossible, tant infuse une dynamique avec ceux qui lui voleraient presque la vedette, si la précision des accrochages n’empêchait justement la compétition. On placera Bobin entre Gervaise et Bachelier. Le premier excelle dans le paysage aux pastels gras, passant  brillamment de forêts préraphaélites à des instantanés urbains absolument renversants. « Vivre avec les toiles de Franck Gervaise pendant dix ans c’est riche. Il y a une exigence. Je me suis mis la pression pour être à ses côtés. Avant, les paysages, mon travail d’après la nature, c’était juste perso, dans des carnets.  C’était une nourriture. Je les montre depuis peu ». Les paysages de Bobin tiennent pourtant bien le choc, avec leurs turquoises et pourpres, inattendus. « Je travaille d’après les photos que je prends, les émotions que je ressens. J’ai une approche en lumière, je suis sensible aux contre-jours. » Dans ces vues que l’on croit être du Golfe et qui ne le sont pas toujours, comme ces arbres violets qui sont en fait ceux de San Francisco, il y a le vent qui souffle, toujours et nous grise, comme une tramontane… « Mes tableaux sont en mouvement, toujours. Partager les murs m’a permis de ne pas m’enliser dans des idées. Ça m’a ouvert. J’ai pioché des techniques, des cadrages… Mais c’est Bachelier qui m’a aidé à libérer le mouvement. Son travail m’a donné un état de confiance. »
Bachelier, vous vendriez presque un bras pour vous offrir son triptyque de bull-terriers punks, tatoué de graffitis à la Basquiat, ou sa fille au quai, coulures sur bleu piscine hommage à Hockney.
« Ce qui me caractérise, en fait, ce sont les scènes de vie. Au début, j’étais très influencé par les arts vivants, le nouveau cirque. J’ai suivi les Pocheros, même exposé dans leur chapiteau, puis j’ai eu ma période baluche, guinguette. Puis les gens qui dansent dans la rue, quelque chose d’un peu onirique. En ce moment c’est plus rock, plus énergique, les couleurs acides. » Depuis quelques années, Bobin s’est mis à peindre des gens qui dansent. Pas des danseurs, non. Des gens qui dansent dans des fêtes, un brin bobo : « J’aime bien les fins de soirée, avec un peu d’ivresse… » Des trentenaires dans des appartements en parquet et moulure, meublés en design danois mais encore un peu fauchés, avec des boules japonaises en papier. Avec beaucoup de gris colorés et du bleu, et du jaune et beaucoup de rouge, Bobin fait danser des silhouettes, presque toujours en partant de l’épaule, dans des mouvements désarticulés qui rappellent très fortement – Bobin tombe des nues quand on le lui fait remarquer – le Biglemoi de Boris Vian, donnant un charme fantasque et poétique à ses images : « Les premiers mouvements qui sortent articulent le tableau. Je mets de la musique fort, je travaille avec le rythme, je réfléchis le moins possible ». De la danse, quoi.

 

> Galerie Les Funambules,
23 place de la Poissonnerie, Vannes.
02 97 01 93 36. www.lesfunambules.com

Du sacré au salé.

 

La Cohue, Musée des Beaux-Arts de Vannes, propose un parcours-exposition réalisé par Alain Kirili. Une installation qui prend vie au cœur de la ville, à suivre, à escalader, à détester ou adorer, « Suite musicale ».

Cœur de Vannes, place Saint-Pierre. Sans doute l’un des spots les plus fréquentés de la ville. Lieu de croisement des flux piétonniers, parvis de la cathédrale, entrée du musée de la Cohue, et commerces… De l’autre côté, la rue des Halles, pavés et colombages, restos et crêperies. La nef centrale du musée de la Cohue court du sacré au salé, dans un cheminement qui raconte bien cette confluence, puisque, sur le site de La Cohue, étaient les anciennes halles de la Ville. Haute de plafond, sombre de bois et de pierre, la nef est ouverte en libre circulation l’été. La traverser permet un passage rapide entre deux secteurs, il était donc malin d’y implanter une œuvre contemporaine. Alain Kirili y a implanté « Suite musicale » dès l’entrée du musée. Une œuvre faite de totems, qui filent sous le porche, colonisent la nef, se recomposent dans la courette de Château-Gaillard, puis s’épanouissent dans son jardin. « Suite musicale » est voulue comme « une abstraction tactile et joyeuse » et le visiteur est donc prié de toucher, jouer, ou même s’asseoir dessus…
Ils le permettent, ces petits totems de béton moulé et ciré, d’un gris anthracite, qui jouent avec les symboles, comme un étrange alphabet. Composé de formes géométriques montées sur des stèles, cet alphabet est vu par l’artiste comme une partition de notes de musique, qui change selon son agencement « un jaillissement, une sorte de dripping monumental, en référence au tableau de Pollock ». Une composition pour un lieu, qui se joue des perceptions par ses proportions, entre stèles et bornes, entre sculpture et mobilier urbain. En 2012, c’est sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris que ces stèles, dans une installation baptisée « Rythmes d’automne » se répartissaient l’espace, sur un lit d’ardoises grises. Une couleur et une minéralité que l’on retrouve à Vannes, dès la première station de la déambulation, à l’entrée du musée, où les stèles émergent d’une nappe de graviers gris, puis sous la nef, posées à même les grandes dalles de pierre… Dans la minuscule courette de Château-Gaillard, étroite tour-musée à deux pas de La Cohue, le gravier a tout envahi, recouvrant le sol, d’où surgissent les totems, faisant écho à la verticalité des lieux. Enfin, dans le paisible jardin côté nord, les stèles racontent une autre histoire, plantées modestement dans l’herbe. Kirili, qui vit et travaille depuis les années 80 à New-York, s’inspire ici des rythmes des alignements de Carnac. Une méthode de « correspondances » qu’il affectionne tout particulièrement. Kirili a travaillé sur des dialogues avec Les Nymphéas de Claude Monet, au musée de l’Orangerie, avec le site et les œuvres du Palais Royal, avec les sculptures de Carpeaux ou Rodin… À Vannes, sa modernité vient heurter de front ce quartier médiéval très préservé, dialoguant serré à travers les siècles…

 

> Conférence de Christophe Desforges, professeur d’art. Samedi 14 juin à 15h, musique et jazz.
> La Cohue, place Saint-Pierre, Vannes,
02 97 01 63 00.
Ouvert tous les jours de 10h à 18h

06 Juin

Estival Tango

Published in LES CHRONIQUES SDS

Un festival de tango à Lorient


I l vous regarde. Une œillade furtive, qui passe. Vous accrochez son regard, puis le laissez partir. Dans cette seconde de connexion, vous venez d’accepter de vous faire inviter. Ou de décliner, si vous avez laissé son regard glisser sur vous. C’est la mirada, code des tangueras et tangueros, les danseurs de tango. Une pré-résa, qui évite de se prendre un râteau pleine face en invitant une danseuse sans avoir vérifié qu’elle en avait envie.

« Les hommes argentins sont fiers. La mirada évite à l’homme de se sentir humilié en cas de refus, et permet à la femme de choisir ses cavaliers » explique Philippe Bouillé, président d’An Oriant Tango, l’association qui organise
« Estival Tango », nouveau venu dans le parcours des festivals de tango, nombreux en France.
Vient ensuite le moment de l’invitation officielle, faite par le cabeceo, petit mouvement de la tête, qui valide le deal. « En Argentine, les hommes sont d’un côté et les femmes de l’autre. Un refus de mirada n’est pas blessant, ne signifie pas forcément un non pour la soirée, mais peut-être pour une danse précise. Certaines préfèrent certaines danses, plus langoureuses, avec tel partenaire, et d’autres, plus toniques, avec tel autre ». Les hommes en chemises parfaitement repassées, et les femmes en chaussures à talons, parfois très hauts, tournent sur le parquet, dans un abrazo (étreinte) plus ou moins serré. « En Argentine, venir en tee-shirt serait très mal vu. En France, ça peut être décontracté lors des festivals d’été, mais en milonga, on s’habille. Les femmes sont très apprêtées, et les hommes peuvent l’être aussi. Au moins une belle chemise et un pantalon, jamais de jean. Parfois des chaussures bicolores, certains une veste et une cravate ». Très codifiées, les soirées de bal, les milongas, sont découpées en séries, les tandas, séparées les unes des autres par la cortina (rideau), qui désigne un petit break d’une minute, au son d’une musique différente, comme un jingle pour vider la piste et recommencer la mirada…
Quand vous parlez à Philippe Bouillé de vos appréhensions à retenir les pas, que vous pensez abominablement complexes, il se marre : « Il ne faut pas confondre le tango de bal avec le tango de scène. Ce sont deux catégories distinctes. Le bal, ce n’est pas du show. Le tango, au départ, c’est juste de la marche à deux. On peut très bien danser comme ça. Les deux choses les plus importantes, ce ne sont pas les pas, mais s’écouter mutuellement, et respirer ensemble avec les respirations de la musique. L’important, c’est la connexion, l’attention à l’autre. Cela demande beaucoup de concentration. D’ailleurs, si on peut s’amuser en dansant, on ne peut pas vraiment se parler ! » On comprend que pour les femmes, pas besoin de se prendre la tête, c’est l’homme qui prend les choses en main et guide, « il suffit de faire confiance à son partenaire et se laisser aller ». Enfin, quand on parle des idées toutes faites que l’on a sur le cinéma que se font les danseurs, Philippe Bouillé le relativise : « Bien sûr, certains surjouent, mais on n’est pas forcément dans une théâtralisation. Évidemment, c’est un peu une danse d’ego ; il y a un côté coq « regardez-moi ». Mais il y a aussi beaucoup de tenue, et de retenue. Au départ, le tango est une simple danse sociale, comme le bal populaire ici. Sauf que la charge émotionnelle de la musique est si forte, qu’on ne la trouve nulle part ailleurs… »

 

> Les 27, 28 et 29 juin à Lorient.
06 01 80 13 57.
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