Le réseau finistérien 4 Ass’ et Plus offre une carte blanche à la Compagnie Singe Diesel. D’octobre à juin, expos, spectacles et ateliers, permettront de découvrir cette jeune compagnie bretonne basée dans les monts d’Arrée.

Prenez quatre associations en Finistère sud et connectez-les pour mutualiser moyens et énergies, en terme d’offre culturelle s’entend. 1995, voici 4 Ass’. Rien à voir avec les foufous de Kick Ass, pas plus qu’avec les quatre ados des 4 as, bédé culte de Craenhals. Depuis 2004, 4 Ass’ et Plus regroupe La Marelle à Scaër, Le Sterenn à Trégunc, l’Étincelle à Rosporden, le Centre des Arts à Concarneau, l’Ellipse à Moëlan-sur-Mer et le
Manoir de Kernault, à Mellac. Une initiative intelligente et originale : au lieu de chercher à savoir qui a la plus grosse voiture, des petites structures, qui s’associent pour inventer un pôle de diffusion et de création artistique. Le truc en plus ? Coincés entre les deux poids lourds de Lorient et Quimper, au lieu de devenir un énième diffuseur de spectacles, les as ont eu l’idée de faire venir des artistes sur leur territoire pour partager leur présence. D’où ces cartes blanches, qui offrent à de jeunes compagnies non seulement un soutien technique et financier, mais aussi de nombreux temps de travail et de rencontres avec les habitants. Ainsi les artistes de Singe Diesel sont-ils dans la place depuis octobre 2012, pour créer « La parole de Mora » avec pour prélude la fabrication de leurs marionnettes dans les Ateliers d’Arts Plastiques de Trégunc, les premiers coups de rabot de leur décor à Moëlan, et toutes les répétitions à Rosporden et Concarneau. Une présence visible et lisible, au quotidien. Deuxième phase de l’expédition, jusqu’en juin, la compagnie va tourner dans les communes, présentant des spectacles, des expositions, et en point d’orgue la création de « La parole de Mora », dernier volet d’une trilogie autour de l’imaginaire, sur le thème « Comment les histoires rendent la vie plus belle ». Un spectacle de marionnettes à la façon des Tro-Héol, la compagnie de référence en Bretagne, avec laquelle les Singes ont travaillé. Plans et échelles différentes, reprise des actions en vidéo sur une deuxième scène, personnages très typés. Juan Perez Escala, dessinateur inventif, originaire d’Argentine, construit un univers poétique à la croisée du « réalisme magique » sud américain et des contes et légendes bretons. Mora, petite fille à la Tim Burton, voit les choses invisibles. Pour rejoindre son amoureux imaginaire, elle part dans le monde d’en bas, le Youdig, où elle va rencontrer des figures bretonnes, Korrigans, Korrils, Bouqueteux. Un voyage initiatique, une épreuve, où, comme Alice, elle se rencontrera surtout elle-même…

 


- Exposition Singe Diesel : dessins préparatoires, marionnettes… Scaër, Espace Youenn Gwernig, 14/18 octobre. Rosporden, Centre culturel, 19/26 octobre. Entrée libre.
- « L’histoire de Vincent ». M. Gilbert va chercher la fin de son histoire dans ses rêves, où il rencontre Vincent, qui habite sur les toits d’une ville peuplée de personnages étranges.
> Scaër, Espace Youenn Gwernig, 18 octobre, 19h.
> Concarneau, La Chap’l, 15 novembre, 19h.
- « Les images de Michel ». Jeune soldat accablé par la violence qui l’entoure, Michel se réfugie dans son imagination. C’est alors que ses dessins prennent vie.
> Rosporden, Centre culturel, 20 octobre, 17h.
- « La parole de Mora », création (lire plus haut).
> Rosporden, Centre culturel, 25 octobre, 19h. Trégunc, Le Sterenn, 17 novembre, 17h.
> Tarifs spectacles de 5€ à 7€.
http://www.quatreassetplus.fr/ Tél. 02 98 50 95 93

Un spectacle hommage au film de Demy.

 

C’est un monde pastel où les volets sont roses et jaunes, comme les robes et les chapeaux de Delphine et Solange. A La Lucarne d’Arradon, un temps fort rend hommage aux Demoiselles de Rochefort.

L’exposition « Le monde enchanté de Jacques Demy » vient de s’achever à la Cinémathèque de Paris, laissant en larmes – forcément – les fans n’ayant pas pu voir l’exposition. Des larmes rondes et parfaites au coin d’un œil de biche, coulant sur une peau sans défauts et tombant sur une robe rose dragée ou jaune poussin. Demy enchante et fait chanter dans des films cultes, des Parapluies de Cherbourg à Peau d’âne, en passant par Les demoiselles de Rochefort, ces deux sœurs jumelles, nées sous le signe des gémeaux, mi fa sol la mi ré, ré mi fa sol sol sol ré do. Une comédie musicale avec Catherine Deneuve et sa sœur Françoise Dorléac, dans le rôle de Delphine et Solange, entourées par une jolie distribution, Jacques Perrin, Danielle Darrieux, Michel Piccoli, Gene Kelly et… Georges Chakiris ! Il faut s’imaginer Rochefort, sous-préfecture de la Charente-Maritime, ville militaire s’il en est, l’été 1966. Très très calme. Et voilà la ville envahie par des équipes de tournage, des caméras partout, des vedettes américaines, et surtout, totalement repeinte en couleurs ! Quarante mille mètres carrés de façades passées en blanc, et des centaines de portes et de fenêtres repeints en rose, bleu et jaune, couleurs fétiches du film. Toute la place Colbert relookée à la Demy, l’eau du bassin a été colorée en bleu azur, et un café construit, la sublime buvette très Mad Men d’Yvonne Garnier, au mur de verre coloré et baies vitrées sixties, construite par Saint-Gobain. Une esthétique devenue totalement culte, au travers de scènes mythiques, comme la chanson de Maxence, où Jacques Perrin, très loin du Peuple migrateur, chante son amour idéal, en marin d’opérette et frange blond platine, figure prémonitoire d’un stylisme à la Pierre et Gilles ou d’un univers à la Gaultier. Dans la galerie de Guillaume Lancien, Catherine Deneuve, en béret rouge et robe façon Courrèges, découvre son portrait parmi des œuvres d’art moderne évoquant Calder, Vasarély ou Klein. Un film construit avec un souci du détail, qui, aujourd’hui, ravit les amateurs de design 50/60 à la Tati : dans la scène des « rencontres », Catherine Deneuve bute dans Gene Kelly et renverse ses emplettes, emballées dans des cartons « Maison de Paris » mais aussi dans un sac en plastique jaune et rouge, nouveau pour l’époque, où l’on reconnaît les cercles concentriques du logo Prisunic, une marque aujourd’hui dans les musées de design… Une vraie révolution pour les habitants de la ville, plongés dans une aventure cinématographique, auxquels Dans l’ombre des Demoiselles rend hommage. Signé du Nantais Jean-Luc Annaix, le spectacle raconte l’histoire de deux jeunes Rochefortaises, Jeanne et Julie, figurantes sur le tournage du film, une expérience qui bouscula leurs destinées, en leur permettant de découvrir un monde artistique inconnu. Le spectacle raconte leurs vies, liées à l’univers d’un cinéaste, et revisite la comédie musicale en tant que genre, auquel l’auteur voue un véritable culte.


> Médiathèque d’Arradon, projection du film de Demy “Les Demoiselles de Rochefort” , vendredi 11 octobre à 20h
> La Lucarne, spectacle “Dans l’ombre des demoiselles”, par le ThéâtreNuit, mardi 15 octobre à 20h30. Durée 1h15.

Katja Fleig à Lorient.

 


La danseuse et chorégraphe Katja Fleig propose à Lorient une série de rendez-vous entre balade et danse, « Les visites chorégraphiques ». Un moment hors normes, où le visiteur découvre la ville en se mettant en mouvement.


Les visites guidées sont parfois des ballets sans le savoir. Longues files indiennes, corps tournés dans le même sens, bustes penchés sur une indication du guide, regards portés dans la même direction au même moment, sourires communs, rictus synchrones… Les
visites chorégraphiques de Katja Fleig poussent finalement le principe à son paroxysme, en incitant les visiteurs à se mettre un tout petit peu plus en jeu… « C’est une forme d’exploration de l’espace, d’expérience. Ensemble, en se positionnant autrement, devenir créatifs ». Ensemble, s’adosser à un mur, s’asseoir sur un muret, toucher un objet, sentir, écouter, se
déplacer. Ensemble, avec simplement des corps dans un espace, une autre vision d’un lieu, une image qui se crée avec des présences. « Je propose des choses en accord avec le lieu. Des choses simples à faire, très concrètes, ludiques, humoristiques. Ce n’est pas du sport, il n’y a pas de comptes. C’est juste s’engager dans le mouvement en suivant ma voix et en regardant ce que je fais, dans un itinéraire avec différentes stations ». Faire
vibrer un lieu par des présences, le principe est simple, et l’idée évidente. Il suffit de regarder des photos d’architecture pour le comprendre. Dès que quelqu’un apparaît sur l’image, le lieu prend du relief, du sens, de la vie. Ici, c’est une œuvre éphémère qui se crée, différente à chaque fois : « Ces visites n’existent que quand le spectateur est là et s’engage. Il devient acteur, il s’inscrit dans l’espace par ses gestes, sa posture. Ce qui se passe entre le groupe, les lieux et moi reste après dans la mémoire ». Danseuse (chez Catherine Diverrès, Bernardo Montet, Osman Khelili…) et chorégraphe, Rennaise, Katja Fleig a le goût des espaces publics : « J’aime rencontrer l’imprévu. Quand les gens sont là, il y a toujours une interaction. La Poste, les passages cloutés… J’ai beaucoup de plaisir à inscrire quelque chose dans un lieu qui a sa propre vie ». Ces visites chorégraphiques, elle les mène depuis deux ans, dans des lieux de patrimoine ou d’usage, comme les Champs
libres, à Rennes, ou le Quartier, centre d’art contemporain à Quimper… « Je vais sur les lieux, je les traverse avec les yeux, puis je me balade dans les espaces. Je fais le choix de ce que je veux montrer, de ce que l’espace me dit, si c’est un détail, l’ensemble ? Puis je pense à ce que je vais proposer : être sur soi, dans une relation à l’autre, au groupe ? » Pour Lorient, Katja Fleig a travaillé sur l’Enclos du port, site emblématique des origines de la ville, et conçu itinéraire, stations, propositions. « Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est que cet endroit, qui était militaire, est ouvert depuis peu au public, mais qu’il reste des barrières. Et on a toujours cette impression, cette sensation de fermeture. Aussi ai-je travaillé sur l’intérieur/extérieur ».


> 2, 16, 23 & 30 août à 21h.
Rdv à l’Hôtel Gabriel. Durée 1h.
Tout public. Tarif 6€. Gratuit -12 ans.
Visites menées par Myriam Vinagre. Sociologue en urbanisme, chercheuse et danseuse, elle travaille sur la relation des populations à l’espace.

Eunji Peignard-Kim à Vannes


Elle trace son chemin sur les talons des éléphants, paons, dodos, girafes ou moutons. Eunji Peignard-Kim trace à la pierre noire ou au fusain, entre réalisme et onirisme, des animaux au charme légèrement étrange. À voir tout l’été à Vannes.
 
Il suffira tout d’abord de longer les vitrines du Musée de la Cohue, place Saint-Pierre, pour se laisser happer par le trait souple et gras des dessins d’Eunji Peignard-Kim. Des planches classiques, d’abord, aquarelles d’animaux empaillés, pour mieux amadouer le regard. Un exercice que la peintre lorientaise connaît plus que bien, puisqu’en sept ans, elle a réalisé plus de 130 planches scientifiques pour le Muséum d’histoire naturelle de Nantes, mais aussi d’immenses dessins en façade, têtes d’oiseaux gigantesques dans les escaliers, éléphants en taille réelle au détour d’une rue… « C’est à Nantes que Marie-Françoise Le Saux (conservateur de la Cohue, ndlr) a découvert mon travail, et, il y a un an, elle m’a demandé de proposer quelque chose à partir de l’ensemble des collections de Château-Gaillard ». Un musée de poche, tour du XVe siècle, géré par La Société Polymathique du Morbihan : « C’est comme un voyage dans le temps, cet endroit. Ce cabinet de curiosités tout en haut. Cette société savante, qui s’intéresse à la botanique, la minéralogie, l’ornithologie, l’archéologie, l’histoire… » Avec ses aquarelles, Eunji a choisi de parler de « la fragilité des collections. La fragilité de la taxidermie. La matière, elle, reste toujours vivante. Le bronze s’oxyde, le tissu déteint, les animaux perdent leurs poils. Préserver, c’est le rôle du musée. Le titre, Vanitarium, vient de là, les vanités, les natures mortes, le côté éphémère. J’ai travaillé ça dans le dessin : les peaux usées, les yeux un peu poussiéreux… » Dans le reste des vitrines, de grandes silhouettes d’animaux fantastiques, certains d’origine médiévale, d’autres issus de mythologies étrangères. Les Blemmyes, hommes sans tête, dont les yeux et la bouche étaient sur la poitrine. Une licorne, un griffon, et – clin d’œil aux origines coréennes de l’artiste – un dragon. En bois peint découpé, ils prennent la matité tendre qui caractérise l’artiste, dans les teintes sourdes de la pierre noire, le sépia, la sanguine. « Ça a été un régal de dessiner quelque chose qui n’existe pas ! J’ai cherché dans les textes anciens, et dessiné d’après les descriptions de Marco Polo, Jean de Mandeville, Pline l’Ancien… Un exercice que j’adore faire. Comment imaginer la matière, l’anatomie ? » Dans la toute petite cour de Château-Gaillard, fichées sur un tapis d’ardoises concassées, d’autres créatures étranges attendent le visiteur. Bestioles mutantes, aliens de science-fiction, leurs reflets métalliques leur donnent l’air d’images de synthèse : « J’ai prélevé des motifs de monnaies gallo-romaines. Des motifs très, très stylisés, d’aigle et de sanglier, que j’ai dessinés à échelle de l’animal : ils deviennent comme des personnages de fable. En noir et gris, ça donne un côté âge de fer ». 

 

> Du 21 mai au 30 septembre.
Dans les vitrines du musée de La Cohue et dans la cour du Château Gaillard


L’opéra revient à ses racines, à savoir un art essentiellement populaire. Une démocratisation qui passe par de nombreux chemins, notamment ceux des nouvelles technologies, comme en témoigne ce projet de l’Opéra de Rennes, qui retransmet « La Traviata » en direct sur écran géant, dans toute la Bretagne, le 4 juin.

Alors comme ça l’opéra descendrait dans la rue ? Pour Justine Briggen, professeure de culture musicale, il faudrait plutôt parler d’airs d’opéra : « Dès qu’on est dans la rue, ce n’est plus de l’opéra ! L’opéra c’est un spectacle complet, avec des costumes, une mise en scène, des décors, une machinerie, un orchestre symphonique. Une cinquantaine de musiciens, un chœur très large et des solistes, dans la rue, impossible ! » Pourtant aujourd’hui, on parle d’opéra des rues, de nomadisme, de grands airs lyriques, de flash mob opéra, dans les gares ou les marchés. Des extraits de La Traviata y sont souvent joués, comme dans les halles de
Valence, où les chanteurs surgissent derrière des piles d’oranges, dans un restaurant de Bahia Blanca, ou dans un grand magasin d’Amsterdam, un ténor planqué derrière un portant de jeans… Sur You Tube, les images montrent des spectateurs étonnés, puis souvent éblouis, emballés. Dans « Pretty Woman », bingo, encore La Traviata, que Richard Gere emmène Julia Roberts voir, pour tester sa sensibilité. « En Italie, tout le monde va à l’opéra, ça vit ! À Venise, les gens chantent du Verdi, c’est leur tradition. L’opéra est né en Italie, les chanteurs étaient des idoles qui déclenchaient l’hystérie, autant que les pop stars de maintenant ! Au 17e siècle, c’était le cinéma à grand spectacle d’aujourd’hui, avec des animaux sur scène ! Ça attirait des gens de toutes les conditions. Aujourd’hui, dans les grandes villes, c’est une sortie mondaine, où on se fait voir ». Pourtant, en France, depuis 20 ans, après le plongeon vertigineux des années 80, plusieurs compagnies lyriques ont décidé de se retrousser les manches pour abattre les barrières qui séparent le grand public de l’opéra, avec des petites formes, des ensembles instrumentaux légers, des structures de production et de diffusion alternatives. Le festival de Saint-Céré, dans le Lot, propose des places à partir de 13€. La Péniche Opéra donne des opéras dans une péniche, amarrée quai de Loire, dans le 19e, à Paris, qui navigue vraiment. En Haute-Saône, l’Ensemble Justiniana a carrément éclaté les standards, et crée des opéras là où il n’y en a jamais eu : usines désaffectées, forêts… Des opéras itinérants dans les villages, des opéras promenades… La Clef des chants, « opéra buissonnier », à Lille, investit des espaces inattendus, tramway, sites industriels… La Fabrique Opéra a choisi d’attaquer la démocratisation par le modèle économique : elle fabrique des opéras coopératifs en impliquant des jeunes d’établissements techniques, couturiers, coiffeurs, menuisiers… En transformant la structure de production par un modèle de franchise associative, les places sont 50 % moins chères. Enfin, L’Opéra-Théâtre, basé à Lyon, voyage avec son chapiteau, comme un cirque. Forcément, y rentrer devient plus facile, et y rester plus évident, puisqu’ainsi présenté, sous une toile rouge, qui aurait peur de l’opéra ? n
Isabelle Nivet

> À Lorient, La Traviata, le 4 juin à 20h
sur la place de la mairie. Gratuit.

Festival "Des ronds dans l’eau"

 


C’est l’histoire d’une rencontre. Celle de War Zao et de Thomas Chaussebourg.
« Ma bête noire », c’est l’histoire, sans paroles, que racontent ensemble, un homme et un cheval, au son de « L’imprudence » de Bashung.


« À l’avenir, Laisse venir, Laisse le vent du soir décider. À l’avenir, Laisse venir, Laisse venir… L’imprudence ».
L’harmonica lance ses sons stridents, crissant comme un criquet mutant. La guitare lâche ses accords désinvoltes, qui résonnent dans l’air. War Zao traverse l’espace et entre sur la piste sablée. Noir. Brillant. La crinière ondulant, les pattes recouvertes de longs poils anthracite. Au centre, un canapé de cuir usé, et au-dessus, la « volière », entre géode et cage géante, structure métallique de huit mètres de haut. Thomas Chaussebourg ne monte pas War Zao, il danse avec lui. Une danse de liberté, sans esbroufe, sans ego. « Ça ne m’intéresse que brut, dans une relation avec le cheval. Je suis un danseur de l’état. J’ai toujours fait plus un travail d’acteur que de danseur. Je suis heureux quand je suis dans l’émotion ». Thomas Chaussebourg a grandi avec les chevaux, sous l’égide d’un ancien du Cadre Noir, et découvert la danse, avec Odile Azagury, puis avec Tango Sumo, huit ans à voltiger et s’écraser sur le ring de « 1er round » et « 2e round ».

« Chaque cheval est différent »
Partenaire parfois imprévisible, War Zao était un cheval « sauvage » quand Thomas l’a rencontré, il y a dix ans. Un étalon frison, dont le nom signifie en breton « Allez, lève-toi » avec lequel il danse, une performance pas si simple. « Ce n’est pas un partenaire humain : j’ai aussi sa partition en charge. Il faut veiller. Plus il connaît sa partition, plus je suis libre. Les choses dépendent beaucoup du cheval, et ce n’est pas toujours facile pour moi “d’être dedans”, être dans la danse : j’alterne entre partition et état ».
Une partition qui n’est pas un dressage : « Les chevaux ont un langage lié à l’espace. Dans le
cercle, selon où on se place, ça donne des infos au cheval. Ça me correspond bien : j’ai beaucoup travaillé l’improvisation avec le danseur Julyen Hamilton, le rapport à l’espace, au temps, au déplacement ». Et un cheval dont on doit accepter qu’il ne fasse pas exactement ce qu’on veut : « On apprend petit à petit. Le cheval finit par connaître la partition, prendre des repères fixes sur la musique. Plus c’est écrit, plus c’est facile pour lui, mais il ne “jouera” jamais. Il réagit. Comme dit Bartabas : le cheval est toujours dans l’instant ». Thomas Chaussebourg travaille avec War Zao depuis trois ans, dans un work in progress de chaque instant, notamment auprès du Haras National d’Hennebont, qui a soutenu sa démarche et accompagné son travail en lui permettant de répéter en public, pour habituer le cheval à la présence de spectateurs. « Au bout de trois ans, tout ça commence à aller, notre relation de confiance, sa relation au public, l’accoutumance aux lumières, à la structure, mais ça ne cesse d’évoluer… ».

 

> « Ma bête noire », Haras National
d’Hennebont, les 10 et 11 mai à 21h.
> « Ouais », nouveau spectacle :
trois duos homme-cheval,
au Cirque Jules Verne, Amiens,
les 2 et 3 mai à 20h.
Voir aussi page 37

Bernard Jeunet expose Quimperlé

La poésie et le merveilleux passent parfois par de drôles de chemins. Pour réaliser ces petits théâtres de papier, Bernard Jeunet avoue souffrir beaucoup, et assure ne jamais utiliser son imaginaire…

« Dès qu’il y a du végétal, j’aime ». Ses arbres sont des silhouettes à la Tim Burton, branches torturées, ombres menaçantes, comme sorties de l’imagination d’un Gustave Doré en 3D. Gimmicks graphiques, on retrouve partout ses feuilles de lierre en trident, pas plus grandes que des confettis, ses lichens dorés, ses mousses d’un exact vert-de-gris. Ses champignons lilas sont gros comme des têtes d’épingles, ses fleurs en étoiles de la taille d’une lentille. Quand il pleut dans un tableau de Bernard Jeunet, les gouttes sont aussi fines que des rognures d’ongles, et tiennent par un miracle dont on ne cherche surtout pas à connaître l’origine. « Je ne me considère pas comme un plasticien. J’écris à travers mes images. Je raconte des choses, des histoires, et celui qui regarde s’en raconte aussi ». Des histoires en volume, des papiers sculptés : « C’est toujours du papier, à la base : carton de récup, kraft – beaucoup de kraft – vieux livres, annuaires… Tout est découpé, collé, directement en volume ». Jeunet réalise des décors miniatures, dioramas poétiques, qui, pris en photo, se retrouvent dans des albums jeunesse, chez Ricochet, notamment. Des « illustrations » à la fois réalistes – comme un dessin en volume – et oniriques. Pleines de profondeur et de mouvement. Chez Jeunet les silhouettes sont toujours cintrées, les corps déjetés en arrière, comme poussés par les bourrasques d’un vent breton. Normal, l’homme est lorientais, et vit à Quimper, dans un minuscule appartement envahi par les découpes de papier. Depuis sept ans, Jeunet est aussi homme de Bretagne Magazine, pour qui il illustre la rubrique « Les mots du Breton » écrite par Daniel Giraudon. « Les thématiques sont très différentes, le cidre, la pêche à pied, la Saint-Yves, la météo bretonne… Je reçois les deux pages plusieurs mois en amont, et heureusement, parce que je mets quinze jours à temps plein pour faire une seule image. Il faut d’abord que je trouve dans l’article ce qui va faire tilt. Puis que je me documente. Je suis un gros regardeur. C’est mon regard, plus que l’imaginaire, qui m’inspire. La réalité. Pour que je démarre avec le carton, il faut que l’image soit terminée dans ma tête, et colorée. Ensuite, je ne sais jamais, le papier obéit ou pas. C’est une aventure à chaque fois : un défi pour trouver un système de fixation, pour enfiler leurs vêtements aux personnages, pour coller une feuille à la pince à épiler ». Quand on lui demande si ça l’éclate, il s’esclaffe : « Ah non ! Je souffre beaucoup. J’en bave pour arriver à cette minutie. En plus je suis très nerveux, alors je jette beaucoup, je fais plusieurs essais. Mon plaisir, c’est le plaisir que ressentira celui qui regarde. Il y a tout le temps de petites choses, qui sont des messages, que personne ne voit mais que le destinataire va comprendre. Des mots, des lettres, parfois éparpillées ». Nous, on en a trouvé un, un petit cœur gravé sur le tronc d’un arbre où est assis un gamin, en train de se tailler un lance-pierres dans une branche de noisetier…

 

> Jusqu’au 15 juin 2013
à la Médiathèque de Quimperlé
> Du 18 au 20 mai
au Festival Étonnants Voyageurs,
à Saint-Malo

Roland Cognet au Manoir de Kernault.

«Chemins du patrimoine en Finistère » regroupe cinq sites patrimoniaux au sein d’un même projet culturel :
Abbayes de Daoulas et du Relec, Manoir de Kernault, Château de Kerjean et Domaine de Trévarez. Tricotée en relation étroite avec les lieux, la programmation invite chaque année des artistes à imaginer des créations en résonance avec l’architecture et les espaces naturels, parcs et jardins, dans une conversation intime, souvent porteuse de sens et d’émotion. À Kernault, nous avons rencontré Roland Cognet, qui a conçu trois œuvres monumentales sous le titre « Souvent, les arbres se déplacent ».

« Je n’aurais jamais l’idée d’abattre un arbre pour en faire une sculpture. C’est un geste trop radical. Un non-retour. Passer du sujet à l’objet, du vivant à l’objet. Quand on travaille le bois, on travaille un matériau du vivant. Il y a un rapport très proche de l’humain et de l’arbre. D’ailleurs ne parle-t-on pas de pied, de tronc, de tête ? » Aussi Roland Cognet utilise-t-il des arbres laissés pour compte, pour créer ses sculptures minimalistes, où la parole est laissée au matériau brut. « Travailler du bois, c’est aussi la question de l’abattage. J’attache de l’importance à ça. Être dans la filière. Utiliser ce qui n’est pas utilisé par les autres. Récupérer. Il y a beaucoup d’essences qui ne sont utilisées ni en bois d’œuvre ni en bois de chauffage, comme le séquoia ». À Clermont-Ferrand, où il enseigne aux Beaux-Arts, Roland Cognet a son réseau d’abatteurs, mais le bois qu’il a utilisé à Kernault vient de l’entretien du parc de Trévarez. Un tronçon de séquoia porté aux nues par un socle en IPN vermillon, la tranche rouge comme une fleur sanglante, c’est « Le grand Séquoia », qui se détache sur le ciel, dans l’alignement du portail d’entrée, visible dès l’arrivée au Manoir. « C’est l’arbre-mémoire. Je l’ai posé sur une structure pour le faire flotter dans l’espace, montrer sa majesté. Il transporte une émotion, une intensité. Pour moi, la sculpture doit être ressentie physiquement, par l’échelle, le rapport au corps, la dimension, le poids ». Les trois œuvres sont conçues dans un souci de dialogue avec le manoir, sous différents angles. « Je suis venu en juillet repérer les espaces, puis en septembre, pour dessiner les lieux. Par le dessin je peux comprendre les enjeux, les échelles, le rapport des formes, ça me donne des idées ». « Greffe » encastre, de façon perpendiculaire, neuf troncs de peupliers dans les piliers du grenier, ponctuant ce préau par un motif répétitif, faisant dialoguer le bâti et le végétal, l’utilitaire et l’art. Enfin le haut du Grand Séquoia se retrouve – installé au cœur de l’ancien corps de ferme – dans « Taille directe », poutre tranchée dans le cœur du tronc, posée en regard avec l’écorce reconstituée, comme deux gisants côte à côte dans une crypte, « un jeu entre l’intérieur et l’extérieur, entre le plein et le vide ».


> Installation à partir du 19 avril
> Manoir de Kernault EPCC
Chemins du Patrimoine en Finistère
29300 Mellac
02 98 71 90 60
www.cheminsdupatrimoineenfinistere.com

Drôle de « battle » mi-avril, Le Manège et l’Echonova se mesurent à coups de décibels, échangeant le temps de deux soirées leur programmation et leurs équipes !

A Lorient, le Manège, 16 ans, 350 places, 15 à 20 concerts par an, un festival (Les indisciplinées) et des rendez-vous « hors les murs ». Programmateur Thierry Houal, 43 ans, groupe favori ? New Order.
A Vannes, l’Echonova, bientôt 3 ans. Capacité : 600 places (350 en version club). 50 concerts par an, plus des conférences. Programmateur et directeur : Pierre Pauly, 32 ans. Groupe favori ? Il y en a trop !

Le Manège et l’Echonova, c’est un peu comme les Beatles et les Stones ? Il faut forcément une légende de rivalité pour pimenter ?
Thierry : L’histoire de la musique est faite de légendes ! A notre échelle, si rivalité il y a, elle est à prendre au second degré, même si un peu d’émulation est sans doute nécessaire pour se remettre en question.
Pierre : Je ne parlerais pas de rivalité mais de complémentarité, en terme de jauge, de programmation... Une seule de nos 2 salles ne pourrait pas compenser le manque si l’autre n’existait pas !
Thierry : L’idée c’est surtout de s’amuser avec la rivalité historique réelle ou supposée entre Vannes et Lorient. Et de montrer que travailler ensemble est bénéfique pour tout le monde. On voulait aussi faire circuler le public, décloisonner, car on se rend compte que les gens ne bougent pas beaucoup.
Pierre : Ce sera un battle sous forme de confrontation « positive ». Les équipes vont se mélanger, partager leurs savoir-faire, bousculer leurs habitudes et confronter leurs idées. Cette année, nous avons travaillé ensemble sur la programmation, mais j’imaginerais bien par la suite que chaque salle laisse entièrement carte blanche à l’autre.

Qu’est-ce qui vous guide dans vos choix de programmation ?
Thierry :  L’exigence artistique et la passion. On essaie de sortir des tournées classiques, de résister à la facilité aussi, bien qu’il y ait des paramètres incontournables et des passages obligés. Il faut jongler entre tourneurs et finances, c’est à la fois un handicap et une chance : ça oblige à rester inventif, original. Au Manège, tous les styles sont représentés, avec une place plus privilégiée aux groupes d’essence pop rock électro hip hop.
Pierre : L’Echonova étant un des seuls lieux de diffusion à l’année de «musiques actuelles » dans cette partie du Morbihan, il faut qu’on en montre toute la diversité avec une programmation ouverte, innovante et exigeante. On évite de se positionner « chanson et musiques du monde », déjà représentées par les différents centres culturels aux alentours pour travailler sur des styles moins représentés localement.

Vos coups de cœur pour ces deux soirées ?
Thierry :  La Gale, une Suissesse avec des textes durs, des sons rugueux. Et Shiko Shiko, groupe électro pop expérimental barré.
Pierre : Heymoonshaker, projet qui navigue en eaux troubles, casse pas mal de barrières, expérimente le rapprochement entre le blues et le beatbox, fallait oser.

 

> Jeudi 11 avril, à l’Echonova : Blake Worrell, Odezenne et La Gale
> Vendredi 12 avril, au Manège : Gablé, Heymoonshaker et Shiko Shiko


Oyez, Oyez. Oh Yeah, Oh Yeah : les 6 et 7 avril à Lorient, le club de Roller Derby de Lorient, « Les Morues » organise le « Battle of Brittany » à la salle Carnot. Des filles, de la niaque, du orange et des patins.

C’est un sport. D’abord. C’est un esprit. Aussi. C’est un truc de filles. Oui, quand même. C’est une histoire de look. Vraiment pas que, mais oui, ça compte.
Le Roller Derby, ceux qui ont vu « Bliss », le mignon petit film de Drew Barrymore, avec Ellen Page et Juliette Lewis, savent – un peu – ce que c’est. Eh bien c’est pas du tout ça, disent Les Morues : « Dans Bliss, c’est du Derby Catch, une forme plus violente, une technique différente, qui autorise de donner des coups avec les bras et les pieds. Nous, on ne peut utiliser que les épaules, les hanches et la position pour se dégager ». Ok. Donc pas de cocards ni de baston. Et même… Les filles sont super équipées : genouillères, coudières, protège-dents, casque… Ce qui ne les empêche pas d’être (très) féminines et (über) rock pour patiner : housses de casque, collants résille, débardeurs moulants, jupettes. Le tout en couleurs, et plutôt orange, car, comme les Merlus, les filles de Lorient aiment le tango ! L’attirail est rock, donc : eye-liner noir, tatouages, mèches de couleur, et… les fameux poom poom shorts, micro-shorts effrangés, symbole gentiment sexy du Roller Derby. Et le stylisme compte donc beaucoup : il n’y a qu’à voir leurs affiches, photos et logo (deux morues qui forment les fesses d’une fille en petite culotte à pois) mais aussi les noms des équipes en compétition à Lorient – « Les Duchesses de Nantes », « Les Déferlantes de Rennes » ou « Les Divines Machines de Nantes ». Au sein de l’équipe, chaque joueuse porte dans le dos son numéro et son nom, souvent à base de jeux de mots : « Der BibYfoc », « Zaza Ass Ass In », « Air Peste » ou encore « Cass’ Burn ». Les Morues se retrouvent « en banc » comme elles disent : « On est toutes très différentes, mais on partage l’esprit Derby, un esprit d’ouverture, avec l’envie de s’éclater, et en même temps de créer quelque chose : c’est un sport peu connu, qui s’implante en France, où il y a tout à faire. On a tout à créer, parce qu’on n’est pas dans un système ». En effet, s’il existe bien une fédé, « elle se contente pour l’instant de recenser les équipes et les noms. Il n’y a pas de classement, juste une renommée.
L’organisation des matchs se fait directement entre les équipes, qui se contactent et se chargent de trouver une salle et une date ». Fondée il y a deux ans par trois Lorientaises, l’équipe compte aujourd’hui deux coachs, Augustin, aka « Coachteuh », et Mathieu, qui n’a pas encore de surnom, et une vingtaine de joueuses, dont une quinzaine ont validé leurs « Minimum Skills » (savoir patiner avec agilité, travailler en « pack », connaître les
règles). Pour jouer en match, il faut aussi avoir 18 ans, et surtout, il faut du monde car « une équipe en jeu, c’est cinq filles. Chaque jam fait 2 minutes, et c’est très intense. Donc il faut tourner par match avec quinze
patineuses minimum. C’est pour ça qu’on continue à recruter ». Parce que la formation est longue, ce n’est que lors de ce Battle of Brittany, que les Morues joueront enfin leur premier match. En orange. Oh Yeah.

 

>  Battle of Brittany, 6 et 7 avril à partir de 13h, salle Carnot, Lorient.

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